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Il faut mettre la finance au travail

Un cadre technique est nécessaire pour que les investissements soient réellement au service du développement durable. Par Nadia Isler et Sandrine Salerno*

Keystone
Mark Carney (à droite), le conseiller financier du gouvernement britannique lors de la COP26, a promis l'engagement de 130.000 milliards de dollars contre le réchauffement du climat.

La Conférence sur le climat de Glasgow s’est conclue sur de nouvelles perspectives financières: certaines institutions cherchent en effet à aligner leurs investissements sur l’Accord de Paris sur le climat. Pas moins de 130.000 milliards d’euros d’actifs pourraient être employés pour faire baisser les émissions de gaz à effet de serre voire aboutir à la neutralité carbone dans un avenir proche.

C’est bien, mais ce n’est pas assez. Ces efforts doivent aller de pair avec de réels investissements visant à améliorer la vie des êtres humains, partout dans le monde.

L’action en faveur du climat est importante, mais ce n’est qu’un Objectif de développement durable (ODD) sur dix-sept. Ces objectifs, qui visent à lutter contre la pauvreté, la faim et la disparition de la biodiversité et à renforcer la santé, l’éducation et un travail digne, ne sont pas une «liste de courses», mais un programme global et interconnecté: si l’une de ses dimensions piétine, c’est le bilan global tout entier qui stagne. C’est donc tous les ODD, qu’ils soient économiques, sociaux ou environnementaux. qu’il faut réaliser, et pour cela, financer.

Des processus de certification sont en cours de mise en place pour séparer le bon grain de l’ivraie

La dimension sociale a longtemps été reléguée au second plan, à la faveur des préoccupations environnementales. La pandémie a mis en lumière à quel point les entreprises sont liées à ceux qui y travaillent et à ceux qui leur vendent biens et services, tout autant qu’à leurs clients et à leurs actionnaires. La protection sociale, la santé et la sécurité de tous est la condition d’une prospérité commune.

Par où commencer? Peut-être par accepter l’évidence: la prise de conscience collective ne suffit plus. Dans un monde chaque jour plus inquiet face aux inégalités, il est de notre devoir de débloquer des fonds pour promouvoir des pratiques entrepreneuriales socialement responsables, leur donner un cadre réglementaire approprié, faire circuler une information vérifiée et fiable sur les conséquences de l’activité économique et en fin de compte permettre un changement positif et volontaire.

La finance durable s’est développée pendant la pandémie. Les discours sont à la hauteur de l’urgence des questions sociales et de la crise climatique. Les stratégies d’investissement vertueuses attirent plus d’argent que jamais; mais la cadence est encore loin du compte. Elle est pourtant essentielle pour que nous n’ayons jamais à choisir entre le progrès et la prospérité, ni entre l’homme et la planète.

Il faut non seulement que le monde financier se désengage des activités les plus nuisibles, notamment les combustibles fossiles et la production à moindre coût, mais aussi qu’il finance les entreprises et les produits à haut impact social et environnemental. Des processus de certification sont en cours de mise en place pour séparer le bon grain de l’ivraie et veiller à ce que les investisseurs privés et institutionnels sachent ce qu’ils font lorsqu’ils mettent leurs actifs au service du développement durable.

Ce cadre technique, qui fera l’objet d’intenses discussions au cours de la semaine Building Bridges, est nécessaire pour mettre la finance au travail.


*Nadia Isler est la directrice du SDG Lab à l'ONU Genève. Sandrine Salerno est la directrice exécutive de Sustainable Finance Geneva, l'organisateur de Building Bridges.

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