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Financer la décarbonation de l’économie: un Fonds suisse pour les émissions négatives?

Bien qu’il y ait un appel urgent à l’action climatique, les méthodes et technologies de retrait de carbone sont actuellement coûteuses. Par Sascha Nick et Philippe Thalmann

Keystone
«La dépollution ne fonctionnera que si nous cessons de polluer: il va de soi que pour abaisser l'eau dans une baignoire remplie, il faut commencer par fermer le robinet.»

Atteindre zéro émission nette signifie qu’à partir d’une certaine date, toutes les émissions de gaz à effet de serre devront nécessairement être retirées de l’atmosphère. Cet objectif ambitieux soulève deux questions principales: Comment les émissions peuvent-elles être retirées? Et, qui va financer ces retraits?

La première question était au cœur d’un livre blanc que nous avons rédigé, publié par E4S en décembre («Retrait du carbone, net zéro, et implications pour la Suisse»). Nous y écrivions notamment que les technologies de capture du CO2 ne compenseront au mieux que 10% des émissions actuelles. Nous venons de publier un nouveau rapport axé sur la deuxième question.

Dans ce document, nous proposons de créer un fonds public pour financer des projets pilotes de retrait du carbone puis tout le retrait à terme. Ce fonds, qui débuterait en 2025 et atteindrait son plein potentiel en 2030, inciterait à réduire les émissions plus rapidement et plus profondément, ce qui permettrait à la Suisse de respecter sa part du budget carbone de 1,5°C fixé par le GIEC.

Par souci d’équité et pour créer la bonne incitation, ce sont les pollueurs qui doivent payer, et non les contribuables

Le financement des projets de retrait du carbone pose en effet plusieurs défis. Bien qu’il y ait un appel urgent à l’action climatique, les méthodes et technologies de retrait de carbone sont actuellement coûteuses. Leur coût diminuera, mais seulement si nous commençons dès maintenant. Par souci d’équité et pour créer la bonne incitation, ce sont les pollueurs qui doivent payer, et non les contribuables. Enfin, la dépollution ne fonctionnera que si nous cessons de polluer: il va de soi que pour abaisser l'eau dans une baignoire remplie, il faut commencer par fermer le robinet.

Le fonds proposé répond à ces défis. Sur la base du principe du «pollueur-payeur», les paiements obligatoires de tous les émetteurs suisses de gaz à effet de serre seraient utilisés pour retirer le CO2 par des projets biologiques et géologiques. Cette initiative permettrait à la Suisse d’atteindre le «net zéro» vers 2040, soit une décennie plus tôt que l’engagement officiel, et de retirer progressivement tous les gaz à effet de serre émis à partir de 2030.

Il est important de noter que les projets entraîneraient d’importantes retombées sociales et environnementales en faisant participer les communautés locales et en créant des emplois, en restaurant les écosystèmes, en améliorant la biodiversité, en régénérant les sols et en augmentant la résilience alimentaire.

Pour tester, affiner et valider les hypothèses, nous proposons la création d’un fonds pilote

Les résultats sont étayés par un modèle numérique basé sur les coûts et les potentiels de différentes méthodes de retrait du carbone, ainsi que par une analyse financière des flux de trésorerie entrant et sortant du fonds.

Pour tester, affiner et valider les hypothèses, nous proposons d’ailleurs la création d’un fonds pilote, qui débuterait dès 2022, sur une base volontaire, à environ 1% de la taille du fonds complet.

La version complète du rapport est à retrouver sur e4s.center

Afin de contribuer au nécessaire dialogue sociétal sur les questions liées à la décarbonation de notre économie, le Centre E4S prévoit une série d’événements, de discussions, de recherches, d’enseignements et de projets pilotes. Le premier événement aura lieu le 06 mai à l’EPFL: “En route pour zéro émission nette en Suisse en 2050: la contribution du retrait du carbone”

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Sascha Nick

EPFL Chercheur en économie du climat

Philippe Thalmann

EPFL, Laboratoire d’économie urbaine et de l’environment Professeur d'économie