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Deuxième pilier: instrumentalisation de la cause féministe

La prévoyance professionnelle fait l’objet d’âpres discussions. Certaines solutions «en faveur» des femmes sont trompeuses. Par Brenda Duruz-McEvoy

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«Il existe déjà une solution pragmatique et efficace pour augmenter les rentes: intégrer le marché du travail, cotiser à son deuxième pilier, et profiter d’une retraite bien méritée à 65 ans!»

Autour d’AVS 21, le combat pour l’égalité des femmes a été invoqué à tort et à travers pour s’opposer à ce qui constitue factuellement une amélioration de la situation financière des femmes: une année de salaire en plus, et une durée de cotisations complète à la prévoyance professionnelle. L’argument contraire selon lequel elles seraient perdantes a pourtant bien failli convaincre l’électorat suisse de renoncer à cette avancée sociale.

Le seul angle sous lequel on peut imaginer une perte, c’est si l’on considère qu’il est plus avantageux de recevoir une prestation sociale au lieu d’avoir la liberté de gagner sa vie. Ainsi, celle qui n’exerce pas d’activité professionnelle préfère-t-elle recevoir une prestation qu’elle n’a pas financée, alors que la femme émancipée retiendra que le montant sur sa fiche de paie est plus intéressant. 

Cette année, la prévoyance professionnelle fait l’objet d’âpres discussions. Sous couvert de proposer des solutions «en faveur» des femmes, c’est une litanie de dédommagements, compensations et suppléments qui est articulée. Comme si, par manque de neige, le traîneau du Père Noël était resté figé dans la belle Helvétie et que pouvaient s’en déverser des cadeaux par milliers.

Comme son nom l’indique, la prévoyance professionnelle, ou deuxième pilier, a un rapport direct avec l’exercice d’une activité professionnelle et vise à fournir une rente de retraite en remplacement du revenu du travail. Pendant toute la carrière, employé et employeur cotisent ensemble pour mettre de côté une épargne vieillesse suffisante. Aussi, les célibataires, hommes et femmes, perçoivent aujourd’hui déjà des rentes d’un niveau comparable.

L’objectif affiché de l’égalité fait office d’écran de fumée pour obtenir des prestations sans devoir les financer
Brenda Duruz-McEvoy

En revanche, les rentes de chacun des conjoints au sein d’un couple marié peuvent révéler des écarts importants, selon la répartition des tâches qu’ils ont choisie. Les femmes reçoivent souvent des rentes incomplètes à la suite d’une carrière incomplète. Cela en ferait des victimes à qui il conviendrait d’offrir réparation quand bien même les revenus du couple, considéré ensemble, sont maintenus de manière appropriée par la prévoyance combinée des deux conjoints.

Force est de constater que l’objectif affiché de l’égalité fait office d’écran de fumée pour obtenir des prestations sans devoir les financer. D’ailleurs, lorsque des mesures sont proposées pour soutenir la constitution, paritaire, d’une épargne pour les petits revenus, les syndicats s’écrient qu’ils n’en veulent pas, car cela diminuerait le salaire net. Fi le système de l’épargne liée à l’activité professionnelle, ce sont des suppléments de rente à charge des jeunes générations qui sont réclamés. Pour convaincre les votants, on offrirait même des suppléments à tout le monde, après nous le déluge!

Indépendamment du résultat du cafouillage parlementaire, il existe déjà une solution pragmatique et efficace pour augmenter les rentes: intégrer le marché du travail, cotiser à son deuxième pilier, et profiter d’une retraite bien méritée à 65 ans! 

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Brenda Duruz-McEvoy

Centre patronal Responsable politique sociale