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Big Agriculture et la fin du dernier paysan

Par Guy Mettan

Avec la complicité des Fondations Syngenta et Bill Gates, le WEF a fait pression sur le Sommet des systèmes alimentaires de l’ONU qui doit se tenir en septembre prochain à New York. Ou comment les géants de l’économie essaient de faire main basse sur l’agriculture mondiale au détriment des paysans.

Le 13 juin, les Suisses voteront sur deux initiatives qui concernent l’agriculture (eau propre et pesticides). Du coup, les champs du pays se sont couverts de banderoles tandis que des paysans émus aux larmes occupent les micros pour tenter d’inciter les citoyens à voter non. Ou comment «Big Ag» pour Big Agriculture, dans une mobilisation sans précédent, a enrôlé le monde agricole à son service. Il y a quelque chose de pathétique dans cette vision de paysans qui, acculés au suicide par des conditions de vie indignes, écrasés entre le marteau des géants de l’agro-business et l’enclume des giga-entreprises de distribution, n’ont plus d’autres ressources que de se battre pour prolonger la corde avec laquelle on les pendra.

Le but de ces nouveaux acteurs consiste à fusionner Big Data et Big Ag.

Car il ne faut pas se faire d’illusion, qu’on dise oui ou non à ces deux initiatives, les paysans finiront «pendus». Ou au mieux comme des chiens à laisse courte. Depuis que les géants de la tech ont décidé d’investir le dernier secteur économique qui, avec les cafetiers-restaurateurs et les coiffeurs, échappe encore à leur emprise, leur sort est scellé.

Le but de ces nouveaux acteurs consiste à fusionner Big Data et Big Ag. Amazon, Microsoft, Apple et Alibaba se sont ainsi rapprochés des géants de l’agro-business tels que Syngenta et Bayer-Monsanto, et des grands distributeurs tels que Walmart aux Etats-Unis, afin de convertir le monde agricole aux technologies de l’information et de traitement des données.

En 2019, sous la houlette de la plate-forme agriculture du WEF (Food Action Alliance), un protocole d’entente avait été signé entre l’ONU et le WEF avant d’être retiré devant la levée de boucliers des agences spécialisées de l’ONU qui n’avait pas été consultées (FAO, PAM et FIDA). Mais depuis deux ans, les choses avancent à grands pas. L’agriculture est devenue le deuxième utilisateur de drones au monde après le secteur militaire (cartographie, analyse des sols, épandages) tandis que le secteur privé a transformé le CGIAR (le consortium des centres internationaux de recherche agricole, 1500 scientifiques, 850 millions) en instrument de combat à son profit.

Les gouvernements sont largués et l’ONU regarde passer le ballon. Quant aux paysans congédiés de leurs terres, ils n’auront bientôt plus qu’à migrer dans les banlieues des grandes villes tandis que leurs champs rassemblés en immenses latifundia seront détenus par des transnationales et gérés avec des drones télécommandés par des ingénieurs californiens et chinois. 

Tel est le sort qui les attend, qu’ils soient suisses, sahéliens ou indiens.

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Guy Mettan

Journaliste indépendant

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