Elections vaudoises: Christelle Luisier élue de justesse

Le canton de Vaud élit dimanche ses nouvelles autorités. Christelle Luisier est la seule élue à l'issue du premier tour de l'élection au Conseil d'Etat vaudois.

Keystone
La conseillère d'Etat sortante PLR Christelle Luisier s'est dite "très heureuse" dimanche d'avoir terminé en tête au premier tour de l'élection au Conseil d'Etat vaudois.

La ministre sortante PLR emmène dans son sillage l'Alliance de droite, qui a davantage convaincu les électeurs que la liste de gauche.

L'ancienne syndique de Payerne a franchi de justesse la majorité absolue (50,08% des voix, 75'113 suffrages). Cela lui assure de rester au gouvernement vaudois, où elle est arrivée en cours de législature en 2020.

La cheffe du Département des institutions et du territoire (DIT) devance ses colistiers libéraux-radicaux, les conseillers nationaux Isabelle Moret (47,25%) et Frédéric Borloz (47,07%).

Les deux autres membres de l'Alliance de droite, l'UDC Michaël Buffat et la Centriste Valérie Dittli, ont mieux tenu le choc que prévu. Ils arrivent respectivement 6e et 7e avec 39,80% et 39,79%% des voix.

Cesla Amarelle en retrait

A gauche en revanche, le résultat est mitigé. Les socialistes sortantes Nuria Gorrite (4e, 46,67%) et Rebecca Ruiz (5e, 45,88%) ont certes devancé le duo Buffat-Dittli, mais elles ne sont pas parvenues à assurer leur réélection dès le premier tour.

La déception touche surtout Cesla Amarelle, décrochée par rapport à ses collègues sortantes. L'Yverdonnoise obtient 39,40% des voix. Un Département exposé, celui de la formation, pourrait constituer une explication à ce résultat en demi-teinte, selon les observateurs.

Quatrième nom sur la liste de gauche, le Vert Vassilis Venizelos ferme la marche des "favoris" avec 37,67% des voix et une 9e place.

Suspense pour le 2e tour

Au vu de ces faibles écarts, tout reste ouvert pour le second tour, programmé le 10 avril. La bataille s'annonce rude entre les listes de droite et de gauche. Les partis définiront leur stratégie lundi soir.

Derrière, les autres partis ont peiné à se faire une place dimanche. Les Vert'libéraux arrivent en 10e et 11e positions avec Graziella Schaller et Jérôme de Benedictis, avec tous deux environ 9% des voix.

L'indépendant "Toto" Morand, pour sa quatrième tentative au Conseil d'Etat, s'en sort bien avec une 12e place (7,90%). Il devance de quelque voix la troisième Vert'libérale, Cloé Pointet. Suivent ensuite les candidats d'Ensemble à gauche, emmenés par Hadrien Buclin (6,91%).

Participation en nette baisse

Quant au taux de participation, il a connu une baisse marquée en s'affichant à un maigre 34,25%. Alors qu'il reculait d'environ un point lors des précédentes élections, il chute cette fois-ci de près de six points par rapport aux cantonales de 2017 (40,13%).

Nuria Gorrite: "Nous savions que ce serait difficile"

L'actuelle présidente du gouvernement vaudois Nuria Gorrite s'est voulu rassurante dimanche à l'issue des résultats mitigés pour la gauche au premier tour de l'élection au Conseil d'Etat. "Nous savions que ce serait difficile", a-t-elle affirmé devant les médias. Elle s'est dit inquiète du taux d'abstention.

"Nous allons lancer un appel à la mobilisation" de l'électorat de gauche pour le second tour du scrutin, a-t-elle presque solennellement déclaré. "En Ukraine, les gens meurent actuellement pour la démocratie. Il faut absolument la chérir chez nous", a-t-elle affirmé. L'abstentionnisme dans les villes a été bien au-delà de ce que l'alliance rose-verte imaginait, a dit en substance Mme Gorrite.

Celle qui est arrivée en tête des sortantes socialistes estime que deux facteurs expliquent leur résultat d'ensemble: la multiplication des listes avec 25 candidats et l'abstentionnisme. Dans ce contexte, elle relève que des scores autour de 42% sont plutôt bons. "Non, je ne suis pas déçue", a-t-elle insisté, se réjouissant de la bataille au 2e tour. "Ce sera bloc contre bloc et nous serons unis à gauche".

Vert confiant

Le candidat vert Vassilis Venizelos se montre pour sa part aussi très confiant et convaincu de pouvoir remporter ce 2e tour. "Nous irons chercher au maximum notre réservoir de voix". Malgré son déficit de notoriété qu'il reconnaît volontiers, le député écologiste au Grand Conseil n'a pas le sentiment d'avoir été décroché au 1er tour. Il se dit même ravi de son résultat.

L'écologie politique est en progression et M. Venizelos se dit persuadé que les Verts doivent absolument figurer au gouvernement. Il se réjouit déjà des débats d'idées sur les questions de climat et de durabilité entre les deux tours, où il s'agira de "convaincre et de rassurer avec des réponses concrètes".

Majorité gauche

La conseillère d'Etat sortante, la socialiste Cesla Amarelle, qui termine en huitième position seulement, ne baisse pas non plus les bras. "Je termine à 400 voix du candidat UDC", relève-t-elle. "Au deuxième tour, la reconduction de la majorité de gauche est possible".

Les deux plaintes pénales, déposées contre elle ces dernières semaines, ont certainement joué un rôle dans son score, estime-t-elle. "Cela m'a empêché de faire campagne comme prévu. Il est évident que c'était une instrumentalisation politique".


La conseillère d'Etat sortante PLR Christelle Luisier s'est dite "très heureuse" dimanche d'avoir terminé en tête au premier tour de l'élection au Conseil d'Etat vaudois. "L'Alliance de droite a très bien fonctionné", s'est-elle félicitée, tout en se gardant de tout triomphalisme. "Il faut rester humble".

"Notre résultat va nous donner énormément d'énergie pour le deuxième tour mais rien n'est joué", a-t-elle confié aux médias. "Nous allons continuer de travailler en équipe", a ajouté Mme Luisier, sans rien révéler de la stratégie du 2e tour. "Chaque parti de l'alliance va se réunir en équipe lundi et nous ferons notre choix en équipe".

De son côté, le conseiller national UDC Michaël Buffat s'est montré ému du résultat de la droite. "Nous avons confirmé que l'impossible était possible et était bel et bien arrivé", a-t-il réagi auprès de Keystone-ATS. Il a aussi parlé de bonne dynamique et énergie pour le deuxième tour. Autre défi de ce second scrutin: booster la participation. "Il va falloir se battre contre l'abstentionnisme", a-t-il déclaré.

Quasi-inconnue

Valérie Dittli, présidente du Centre Vaud, était très "émue" par son résultat personnel. "C'est incroyable. Je ne m'y attendais pas du tout". Cette quasi-inconnue se place en septième position, devant la sortante socialiste Cesla Amarelle, et le candidat Vert Vassilis Venizelos.

Elle salue une alliance de droite (3 PLR, 1 UDC et 1 Centre) qui a "bien marché". "On a trouvé une dynamique dans l'équipe que nous allons maintenir pour le deuxième tour", a-t-elle déclaré.

Tout reste ouvert pour le 10 avril, date du second tour. Les assemblées de partis de lundi soir décideront de la composition de la liste de droite. Va-t-elle se maintenir ? "On doit discuter". La centriste plaide pour une "diversité plus large" au sein du Conseil d'Etat.


Céline Amaudruz: "un exemple à suivre pour Genève"

L'exemple de la droite vaudoise, qui a réussi à se rassembler pour le 1er tour de l'élection au Conseil d'Etat, est "un exemple à suivre pour Genève", estime Céline Amaudruz. La conseillère nationale UDC appelle à une telle alliance à l'autre bout du lac pour les élections genevoises de 2023.

"Cela me donne envie de reprendre, dès demain, mon bâton de pèlerin", a commenté Mme Amaudruz, interrogée par Keystone-ATS alors que la droite caracolait en tête aux élections vaudoises, après environ 85% du dépouillement.

Comme sur Vaud, l'alliance de droite à Genève devrait inclure l'UDC, le PLR et le Centre, a estimé la vice-présidente de l'UDC suisse. "Les résultats vaudois montrent, pour l'instant, qu'une telle alliance permet de créer une dynamique porteuse", a-t-elle ajouté.

Mme Amaudruz a rappelé qu'elle n'excluait pas d'être candidate à un siège au Conseil d'Etat genevois. "Tout est encore ouvert", a-t-elle dit.

25 candidats en lice

La population vaudoise choisit dimanche ses nouvelles autorités. Vingt-cinq candidats sont en lice pour le 1er tour de l'élection au Conseil d'Etat, dont les résultats sont attendus en fin d'après-midi. Ceux pour le Grand Conseil tomberont en soirée.

Majoritaire depuis dix ans au Conseil d'Etat, la gauche cherche à conserver ses quatre sièges. Elle présente une liste composée des ministres socialistes sortantes Nuria Gorrite, Cesla Amarelle et Rebecca Ruiz, accompagnées par l'écologiste Vassilis Venizelos. Celui-ci vise la place de Béatrice Métraux, qui prendra sa retraite fin juin.

A droite, l'objectif consiste à remplacer les futurs retraités Pascal Broulis et Philippe Leuba, mais aussi à reconquérir la majorité. Pour y parvenir, une alliance a été scellée pour lancer une liste plurielle composée de trois PLR - la sortante Christelle Luisier, Isabelle Moret et Frédéric Borloz -, d'un UDC - Michaël Buffat - et d'une centriste - Valérie Dittli.

Il faudra sans doute attendre le 2e tour, programmé le 10 avril, pour savoir si le Conseil d'Etat reste à gauche ou bascule à droite. Les résultats de dimanche donneront toutefois une première indication. Et notamment dans le match pour le septième siège décisif qui, selon les observateurs, devrait se jouer entre Michaël Buffat et Vassilis Venizelos.

Lors des précédentes élections cantonales de 2017, cinq candidats avaient obtenu la majorité absolue et été élus dès le 1er tour. Pascal Broulis y avait aussi battu le "record" vaudois en devenant le premier à dépasser les 100'000 suffrages (100'051).

Autres partis en lice

Parmi les autres partis en lice cette année, les Vert'libéraux présentent Graziella Schaller, Cloé Pointet et Jerôme De Benedictis. La gauche radicale part désunie avec deux noms sur la liste POP (Céline Misiego et Vincent Keller) et quatre sur celle d'Ensemble à Gauche (Elodie Lopez, Gabriella Lima, Mathilde Marendaz et Hadrien Buclin). Les Libres misent, eux, sur Circé Barbezat-Fuchs.

Quatre autres listes, plus marginales, ont été soumises aux électeurs: "Parti de rien" de l'entrepreneur Toto Morand, "Alliance des Libertés" (Lynn Dardenne, Patrick de Sepibus et Olivier Pahud), "Agissons pour la vie" (Micaël Metry) et "Consciences_citoYenne" (Luca Bagiella).

Près de 1000 candidats au Grand Conseil

Pour le Grand Conseil, tout sera dit dimanche soir. Au total, 962 candidats sont en lice (contre 896 en 2017) pour cette élection à la proportionnelle à un tour.

Contrairement au Conseil d'Etat, c'est la droite qui cherche à conserver et consolider sa mainmise, tandis que la gauche espère prendre la majorité, ce qui serait une première dans l'histoire vaudoise.

Le Parlement compte actuellement 74 députés à droite (49 PLR et 25 UDC), 63 à gauche (35 PS, 22 Verts et 6 Ensemble à Gauche-POP) et 13 au centre (9 Vert'libéraux et 4 Libres). Ils sont 123 sur 150 à se représenter.

La part des femmes au sein du Grand Conseil constitue un autre enjeu de ce scrutin: elles sont aujourd'hui moins d'un tiers (45 députées sur 150) à siéger.(ATS)

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