L'appel de la medtech Primequal au Conseil fédéral

Directeur de la start-up Primequal active dans les dispositifs médicaux, David Weill témoigne des difficultés de sa branche, après l’abandon de l’accord-cadre.

Keystone
Quelque 1200 emplois sont touchés dans la medtech.
Un sentiment d’abandon qui vient encore amplifier cette impression d’énorme gâchis. Même si le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, s’est rendu ce mardi à Bruxelles pour renouer le dialogue avec l’Union européenne (UE), cela n’a en rien changé l’état d’esprit de David Weill. A la tête de Primequal, société vaudoise spécialisée dans les systèmes d’injection pour la santé, l’entrepreneur regrette qu’aucune avancée n’a été réalisée pour les medtech. Première...

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Un sentiment d’abandon qui vient encore amplifier cette impression d’énorme gâchis. Même si le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, s’est rendu ce mardi à Bruxelles pour renouer le dialogue avec l’Union européenne (UE), cela n’a en rien changé l’état d’esprit de David Weill. A la tête de Primequal, société vaudoise spécialisée dans les systèmes d’injection pour la santé, l’entrepreneur regrette qu’aucune avancée n’a été réalisée pour les medtech. 

Première victime

Cette industrie est la première victime de l'échec de l’accord-cadre et de la non-reconnaissance par l’UE des certifications suisses. Responsable des affaires réglementaires au sein de la faîtière Swiss Medtech, Daniel Delfosse indique que 54 entreprises sont concernées, ce qui correspond à 1200 emplois, hors sous-traitance. 

Pour David Weill, il y a un risque de délocalisations, d’autant plus que beaucoup de medtech se trouvent en mains étrangères. Lui-même compte demeurer en Suisse, pour l’instant: «Je suis un bureau de recherche et de développement comptant quatre personnes. Je peux donc rester ici à Gland pour dessiner mes plans. Ce sont les fabricants qui vont passer à la caisse. Je pourrai me tourner vers des firmes françaises pour la réalisation de mes produits sur sol européen. Ce n’est cependant pas ma volonté actuelle.» Et d’avertir toutefois que «si la Suisse ne veut pas d’industrie médicale, il se rendra vers des cieux plus cléments.»

David Weill déplore encore que le Conseil fédéral n’a pas négocié de période transitoire, comme pour le Brexit. «Bonne chance, c’est ce que nous a dit le gouvernement. Ailleurs, cela ne se serait pas passé ainsi.» Son secteur d’activité n’a-t-il pas eu le temps de s’organiser? Non, répond le patron: «Nous n’avons reçu aucune information du Conseil fédéral, ni avant ni après l’arrêt des négociations.» Pour lui, Ignazio Cassis doit former une nouvelle équipe qui communique avec les industriels suisses et trouve des solutions rapidement avec Bruxelles. 

PrimequalDavid Weill, CEO de Primequal.

Que des perdants

«Aujourd’hui, tout le monde est perdant: les entreprises et les malades», poursuit l’entrepreneur vaudois. Les organismes de certifications européens (Notified Body) sont surchargés. Il y a de longs délais d’attente. Conséquence: des produits sont bloqués en douane. «Si un dispositif médical vient à manquer, les patients en souffrent en premier. Il faut sortir des considérations politiques. La santé, c’est plus que du politique, du business et des emplois, c’est avant tout des patients», déclare David Weill. La première erreur du Conseil fédéral: «Son manque de responsabilité vis-à-vis des malades.»

Pour les entreprises, les coûts augmentent: payer un audit complet et certifier sa gamme peut représenter des millions de francs. La procédure peut, elle, prendre deux à trois ans. Sans oublier des frais supplémentaires d’étiquetage, d’administration et de transport. 

Coup de canon

David Weill parle de «véritable coup de canon dans la compétitivité». Les medtech évoluent dans un domaine ultra concurrentiel, avec l’Allemagne et la France en premiers débouchés. «Avec des coûts de fabrication plus élevés, nous devons nous battre. Ce n’est pas parce qu’il y a le drapeau suisse sur un bien que le consommateur l'achète. Placer un produit dans le marché européen nécessite beaucoup d’efforts, de temps et de patience», précise le patron. 

David Weill craint enfin un effet domino: «L’année prochaine, ce sera les secteurs du diagnostic et des machines qui seront touchés par l’abandon de l’accord-cadre. Puis l’énergie.»


La Berezina pour les start-up

Conséquence de l’abandon de l’accord-cadre: la Suisse n’est pas associée au programme de recherche et d’innovation Horizon Europe. Doté de 95,5 milliards d’euros, ce programme court sur les années 2021 à 2027. «Avec cette exclusion, il y aura moins de brevets.» David Weill en est persuadé. Les scientifiques peuvent néanmoins prendre part à certains projets de recherche européens, s’ils s’accompagnent d’un financement direct de la Confédération. Le Parlement a accordé une enveloppe de 6,15 milliards de francs à cet effet. David Weill n’y croit pas vraiment: «La Confédération ne parviendra pas à s’aligner sur le budget européen. Pour les start-up suisses, c’est la Berezina. Elles vont mourir ou s’installer dans un pays européen.» Selon Gaetan Vannay, cofondateur de Securaxis spécialisé dans les capteurs sonores, ce n’est pas qu’une question de fonds européens perdus pour la Suisse. C’est aussi un accès barré à tout un écosystème, via des accélérateurs de start-up notamment, qui ouvre la porte à des investisseurs et aux grandes entreprises dans toute l’Europe autrement difficiles à rencontrer. En juin, cette question préoccupait déjà les partis gouvernementaux. Tous, à l’exception de l’UDC, ont fait part de leurs inquiétudes au Conseil fédéral, à l’heure des questions. A cette occasion, la conseillère nationale socialiste, Claudia Friedl, a déposé une motion qui charge le gouvernement de débloquer la relation Suisse-UE, afin de garantir notre association à Horizon Europe. (Collaboration Sophie Marenne)

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Maude Bonvin