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Valiant poursuit son modèle d’expansion hybride sur un marché suisse disputé

La banque suprarégionale Valiant fait face à l’entrée des néo-banques et à l’offensive de Credit Suisse sur le marché bancaire de masse.

Credit Suisse. La nouvelle offre «CSX» permet d’effectuer toutes les opérations sur smartphones.
L’essor géographique du groupe bancaire Valiant se poursuit et son potentiel parait bien reflété par le cours de l’action. Après avoir bouclé l’an dernier son expansion en Suisse romande (à Morges, Vevey et Nyon en derniers lieux), l’établissement basé à Lucerne et à Berne poursuit celle-ci en Suisse orientale, ce mois-ci à Rapperwil, en ouvrant des succursales sans guichets équipées d’une nouvelle zone clientèle optimisée pour les prestations numériques. Ce qui permet à la banque suprarégionale d’intégrer dans son développement la transformation du paysage bancaire et des habitudes de la clientèle. A la faveur de la pression sur les marges qui s’est accentuée avec l’incursion sur le marché suisse de nouveaux acteurs - comme par exemple les néo-banques, Revolut, N26 et Neon - malgré les déceptions que ces établissements peuvent parfois susciter en matière de services.

Coefficient d'efficacité opérationnelle stable

La marge d’intérêts de Valiant n’en a pas moins fléchi pour passer de 1,10% en 2019 à 1,03% sur les neufs premiers mois de l’année (lire résultats ci-dessous). Et L’efficacité de ce modèle de croissance ne se reflète encore que partiellement dans le coefficient coûts/revenus. Ce dernier a été maintenu à 57,3% au cours de cette période (avant corrections de valeurs dues aux risques de défaillance), soit à un niveau moins favorable, par exemple, que celui de la Banque Cantonale Vaudoise BCV (53% au 1er semestre 2020) qui transforme également certaines de ses filiales en succursales sans guichets.

Offensive de CS

Mais c’est surtout l’offensive dévoilée début septembre par Credit Suisse, avec l’annonce du lancement de sa nouvelle offre bancaire numérique CSX, qui est appelée à changer la donne sur le marché de la banque de détail en Suisse. Du fait de la position de la grande banque, numéro trois derrière UBS et Raiffeisen sur ce segment. Alors que les banques établies ont longtemps justifié leur structure tarifaire par la qualité et l’étendue de leurs services. Or l’offre de CSX positionne CS quasiment dans le low cost dans ce segment et prétend allier la flexibilité et les avantages de coûts d’une banque numérique à la gamme complète de prestations et à l’expertise d’une grande banque universelle suisse.

Application mobile conviviale

La prestation CSX est basée sur une application conviviale et soutient à cet égard la comparaison avec les offres des néo-banques. Avec par exemple un service de base CSX White sans frais mensuels, incluant une carte de débit Mastercard, le compte bancaire et des frais de 2 francs par retrait d’argent liquide. En optant pour une carte CSX Black, pour 3,95 francs par mois, les retraits aux bancomats deviennent gratuits. Anke Bridge Haux, la nouvelle responsable Digital Banking de CS en Suisse n’avait alors pas caché avoir beaucoup appris de la convivialité des néo-banques. Combien d’utilisateurs se sont-ils déjà laissés tenter par cette offre ? «Nous ne communiquons pas concrètement le nombre d’utilisateurs. Nous nous sommes fixés des objectifs ambitieux. Depuis son lancement, CSX a suscité un très grand intérêt. Nous voulons augmenter considérablement notre part de marché dans les affaires de masse» se contente de répondre Gériane Cruz, chargée de relations médias de la grande banque à Zurich.

Nouveau concept de succursales

Pour CS, cette prospection résolue du marché de masse est liée à un nouveau concept de succursale et ne pouvait se faire sans la réorganisation annoncée fin juillet et l’annonce de la fermeture de 37 filiales d’ici la fin de l’année, pour réduire leur nombre à 109. Dans le cadre d’un programme d’économies qui devrait s’élever à 100 millions de francs à partir de 2022. Chez Valiant, on ne se montre pour l’instant pas impressionné par l’offensive de la grande banque. «Nous surveillons constamment notre environnement, notamment la nouvelle offre de Credit Suisse appelée CSX » commente Simon Bickel, porte-parole de Valiant. Et de souligner : «Nous sommes convaincus que notre stratégie est sur la bonne voie. Nous progressons en termes de numérisation. Nous combinons les canaux personnels et numériques, ce qui nous aide surtout durant la crise du coronavirus. Clientes et clients peuvent se faire conseiller par vidéo à leur domicile ou dans les nouvelles zones clientèles des succursales». Au sein d’un réseau de 93 succursales, 19 d’entre elles comportent encore des guichets traditionnels.

Piotr Kaczor