Stephanie Affentranger Kveton: «Depuis la crise sanitaire, les démarches de recrutement se professionnalisent» 


SÉRIE D'ÉTÉ 1/10. La directrice du cabinet de conseil nyonnais AK+P a rejoint le CA de l’école privée Moser. Elle y amène son expérience de plus de 20 ans en gestion des talents et changement organisationnel.

Sophie Marenne
L’entrepreneure a pris goût à son rôle d’administratrice. Elle s’investira sans doute bientôt dans d’autres CA mais ce sera «un choix bien réfléchi, vu l’espace mental demandé par un tel engagement».
En février, Stephanie Affentranger Kveton a rejoint le conseil d’administration (CA) des écoles privées Moser. Entrepreneure à la tête du cabinet de conseil en recrutement et management Affentranger Kveton + Partners (AK+P), c’est la première fois que cette économiste comportementale endosse ce type de responsabilité. Experte en gestion de talents et performance des organisations, elle espère épauler l’institut valdo-genevois engagé envers l’innovation pédagogique, comme elle assiste sa clien...

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En février, Stephanie Affentranger Kveton a rejoint le conseil d’administration (CA) des écoles privées Moser. Entrepreneure à la tête du cabinet de conseil en recrutement et management Affentranger Kveton + Partners (AK+P), c’est la première fois que cette économiste comportementale endosse ce type de responsabilité. Experte en gestion de talents et performance des organisations, elle espère épauler l’institut valdo-genevois engagé envers l’innovation pédagogique, comme elle assiste sa clientèle. Basé à Nyon, le cabinet compte cinq employés. Il s’appuie aussi sur un réseau d’une trentaine de partenaires indépendants, répartis à travers le globe: les «+ Partners» du nom de l’entreprise. 

Avez-vous constaté une évolution dans la façon de recruter depuis la crise du Covid? 

Le recrutement a vécu un tournant qui date en réalité d’avant la pandémie. Une nouvelle tendance générationnelle a émergé avec les Millennials, il y a cinq à dix ans: le candidat a la main. Pour les compagnies, cela implique de davantage faire attention à l’expérience du postulant, au même titre que celle du consommateur: elles doivent veiller à l’image qu’elles projettent lors du processus de sélection. Un phénomène encore accentué par les portails d’évaluation comme Glassdoor.  

De plus, depuis la crise sanitaire, les démarches se professionnalisent. Vu que le face-à-face est difficile, il faut aux entreprises des modes de recrutement plus performants. Nous avons observé une hausse d’intérêt pour nos outils d’évaluation de talents, même si l’embauche n’a pas retrouvé son niveau d’avant-Covid. Questionnaires de comportement ou de capacité d’apprentissage assurent à l’employeur de sonder, avec objectivité, si un profil est adéquat. 

Dans votre portefeuille de clients figurent de très grands noms comme ceux de Firmenich, Nestlé, LVMH, le groupe Richemont, Syz ou encore Octapharma; mais aussi ceux de plus petites sociétés comme Alloboissons. Ces structures ont-elles réagi différemment à la crise? 

Il est difficile de les comparer en termes de taille. Finalement, ce sont plutôt les mentalités qui ont joué dans cette épreuve. Tant de petites que de grandes sociétés ont rebondi, grâce à une culture d’entreprise prête à l’adaptation. D’autres, au modèle plus conservateur, ont préféré tout arrêter en espérant que le Covid passe… 

J’ai une cinquantaine de clients à gérer au quotidien et, selon moi, rejoindre un CA, c’est comme en avoir un de plus à soigner

Votre motivation pour prendre ce rôle d’administratrice vient-elle du fait que vous aidez parfois à en recruter? 

Non car AK+P s’est détourné de l’activité de chasseur de tête. Mon envie de m’investir dans un CA reflète plutôt mon intérêt pour les rôles non exécutifs mais stratégiques. J’endosse ce type de responsabilité en tant que consultante. Depuis deux ou trois ans, je voulais doper cet aspect de suivi sur le long terme qui me passionne dans mon métier. Cependant, je n’étais pas en recherche. Mes journées sont déjà longues et, avec la pandémie, nous avons eu beaucoup à faire pour adapter les formations et ateliers d’AK+P en ligne. 

Mais Alain Moser, directeur et président du CA, est venu me chercher. Mon profil l’intéressait parce qu’il cherchait des compétences en capital humain, pour accompagner les projets d’avenir de l’institution. De plus, j’ai fait du coaching pour un de leurs directeurs et mes enfants – âgés de 15 et 18 ans – ont fait une partie de leur parcours chez Moser. Faire entrer au CA une personne qui vit le quotidien de l’école, c’est aussi s’assurer de compter sur quelqu’un qui ne soit pas détaché de ses préoccupations. Ce sont ces deux angles, l’un stratégique et l’autre de proximité, qui l’ont poussé à me solliciter. 

En quatre journées par an, qu’espérez-vous apporter à cet établissement? 

Je veux veiller à ce que le capital humain soit mis à l’agenda des discussions. Dans les transformations prévues, en termes d’investissements ou de direction, il faudra anticiper ces questions, pour être à la hauteur des ambitions de l’école, car le travail sur l’humain est parfois lent et complexe.  

Sophie Marenne

Cette expérience vous donne-t-elle envie de vous investir dans d’autres CA?  

Clairement. Néanmoins, ce choix sera bien réfléchi, vu l’espace mental demandé par un tel engagement. J’ai une cinquantaine de clients à gérer au quotidien et, selon moi, rejoindre un CA, c’est comme en avoir un de plus à soigner.  

Comme de nombreuses écoles privées, les écoles Moser de Nyon et Genève ont vu leur nombre d’inscriptions augmenter avec la crise du Covid-19. Au début de l’année scolaire, Alain Moser faisait part d’une hausse de 10 à 15%. Pourquoi cet intérêt?  

L’impulsion de développement de l’Ecole Moser, tant dans sa philosophie que de sa taille, n’a pas commencé avec le Covid. La pandémie est un catalyseur qui a mis en lumière la valeur ajoutée d’un tel institut: offrir un soutien aux parents et la certitude que les cours continueront, même en cas de nouvelle vague. Bien au-delà d’une centrale de coûts, les écoles privées sont mieux équipées pour faire face à un changement abrupt et font preuve de plus de réactivité. 

Qu’est-ce qui vous inspire au quotidien?

Dans mon parcours, je suis autodidacte. Je lis énormément et ces lectures me nourrissent. Quand je conseille un individu, je m’appuie constamment sur les modèles que j’ai intégrés, comme Neo lorsqu’il perçoit le code dans Matrix (rires). Dernièrement, le concept que je cherche à vulgariser est celui du debriefing, à la place de celui du feedback. Ce dernier mécanisme est important, les sociétés l’ont bien compris, mais il est encore trop linéaire. Il faut le remplacer par une culture de l’analyse commune, en équipe, pour trouver ensemble des solutions.

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Sophie Marenne