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Plus de 15 millions pour la biotech Araris

La jeune société zurichoise Araris clôt un premier tour de table. Sa technologie permet une production plus rapide et efficace de conjugués anticorps-médicaments, pas évident à créer jusqu’ici.

La technologie d'Araris peut se baser sur des anticorps existants. «C’est très apprécié par les compagnies pharmaceutiques qui, jusqu’à aujourd’hui, doivent dépenser des millions pour trouver le juste anticorps», le CEO, Philipp Spycher
Venturelab l’avait sélectionnée en janvier comme l’une des dix start-up biotech suisses à surveiller en 2020. L’organisme de soutien aux jeunes entreprises technologiques ne s’était pas trompé: Araris a annoncé, ce jeudi matin, clore une levée de fonds d’amorçage de 15,2 millions de francs. La somme sera essentiellement utilisée pour étoffer son équipe de six personnes et mener des développements précliniques et cliniques. Sa nouvelle technologie, l’Araris Linker, a été conçue au sein de l’Institut Paul Scherrer (PSI) et de l’Ecole polytechnique de Zurich (EPFZ). Elle se déploie sous la forme d’une plateforme qui lie des Antibody-drug conjugates, ou ADC, soit des médicaments couplés à des anticorps.

N'importe quel anticorps

«Je voulais me tourner davantage vers les sciences appliquées. Tout a décollé lors de mon postdoctorat au PSI», raconte le CEO, Philipp Spycher. Précédemment chercheur en ingénierie des protéines et sciences des matériaux, il avait alors tenté une nouvelle approche en utilisant les transglutaminases pour la conjugaison d'anticorps. «A vrai dire, c’était inattendu. Prendre ce composé pour modifier une protéine était vu comme contre-intuitif.» Au vu de l’intérêt du marché, il s’est alors lancé dans la commercialisation de cette découverte. L’Araris Linker peut être vu comme une colle qui fixe n'importe quel type de médicament sur un anticorps standard, sans nécessiter d’ingénierie d'anticorps au préalable. «La beauté de cette technologie, c’est que nous pouvons travailler avec des anticorps existants. C’est très apprécié par les compagnies pharmaceutiques qui, jusqu’à aujourd’hui, doivent dépenser des millions pour trouver le bon anticorps», souligne-t-il. De très grandes entreprises pharma, dont Philipp Spycher ne peut révéler le nom, envoient d’ailleurs leurs molécules à la start-up, pour tester la plateforme. 

Conseil d’administration étoffé

L’été dernier, la start-up zurichoise avait déjà levé 2,5 millions lors de la première partie de ce tour de financement, six mois seulement après sa fondation officielle. «Cette première étape nous a permis d’installer notre laboratoire et de ne pas nous presser dans le choix final de nos investisseurs», précise le CEO. Ce sont pas loin de 13 millions de plus qui ont été récoltés depuis, auprès d’investisseurs tels que Pureos Bioventures, Redalpine et Schroder Adveq de Zurich, VI Partners du canton de Schwyz, l’allemand Btov Partners ou encore 4Bio Capital basé à Londres. Plusieurs responsables de ces fonds ont rejoint le conseil d’administration d’Araris: Dmitry Kuzmin, Michael Sidler, Arnd Kaltofen et Dominik Escher.  Ce dernier, associé directeur chez Pureos, précise les raisons qui l’ont incité à mener la récolte de fonds. «Aujourd’hui, il existe neuf conjugués anticorps-médicament approuvés par la Food and Drug Administration, ou FDA (Ndlr: l’autorité américaine des médicaments). Mais beaucoup d'entre eux ne sont pas suffisamment dosés pour être efficaces, en raison de leur toxicité systémique causée par l’instabilité de leur lien.» Il l’assure dans un communiqué: «La technologie d’Araris pallie ces limites».

Potentiel partenaire du pionnier romand

En Suisse romande, l’emploi des ADC est porté par la compagnie ADC Therapeutics. Installée au Biopôle d’Epalinges, cette pharma fondée en 2012 développe des médicaments destinés à la branche de l’oncologie. Elle dispose d'un pipeline de six molécules candidates. Après avoir levé plus d’un demi-milliard de dollars, la biotech a fait son entrée à la Bourse de New York au printemps dernier.
Un solide concurrent pour la jeune entreprise nichée dans un laboratoire d’innovation de l’EPFZ? «Nous les admirons. Tant que nous ne travaillons pas sur les mêmes indications, nous serions heureux de travailler avec eux», répond Philipp Spycher. A noter qu’en parallèle du développement de la plateforme Araris Linker, la start-up compte sur ses nouveaux fonds pour déployer son propre portefeuille de composés ADC propriétaires.

Sophie Marenne

L'Agefi Journaliste