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Memo Therapeutics lève 14 millions pour tacler la Covid-19

Les fonds levés en série B soutiendront l’entreprise zurichoise dans le développement d’anticorps ciblant l’immunothérapie du coronavirus.

La plateforme technologique de Memo Therapeutics répertorie les anticorps de patients qui se sont rétablis d’une infection pour en sélectionner ceux au plus grand pouvoir neutralisant.
La lutte contre le Covid-19 passe aussi par Schlieren, petite ville de la périphérie zurichoise. Au cœur de son Bio-Technopark, l’entreprise Memo Therapeutics vient de lever 14 millions de francs. Grâce à ces fonds, la biotech dopera le développement du MTX-COVAB, un anticorps ciblant le nouveau coronavirus. «Grâce à notre technologie, nous avons travaillé sur un échantillon bien plus large que ce que font la plupart des pharma. D’une centaine de patients cliniquement sélectionnés, nous avons généré un répertoire immunitaire 10.000 fois plus étendu que ceux de nos concurrents d’où nous avons pu sélectionner l’anticorps le plus efficace», se targue Karsten Fischer, CEO de Memo Therapeutics. Les études cliniques devraient commencer en 2021.

La levée de fonds de série B, clôturée ce vendredi, a été menée par Swisscanto, filiale de la Banque cantonale de Zurich (ZKB). Elle a aussi été soutenue par Bernina BioInvest ainsi qu’Investiere, Schroder Adveq, Jaquet Partners et Redalpine. «Nous pensons que Memo Therapeutics a poussé l'innovation sur le plan de la découverte d'anticorps un cran plus loin. Leurs capacités pourraient non seulement aider à faire un pas de plus vers une victoire contre la pandémie, mais aussi potentiellement contre d’autres maladies infectieuses et cancers», commente Robert Schier, directeur des investissements Swisscanto, dans un communiqué.

Procédé plus efficace

L’entreprise a été fondée en 2012 par le scientifique Christoph Esslinger, pionnier dans la découverte d’anticorps thérapeutiques issus directement de donneurs humains. «Pour ma part, je suis entré en contact avec Memo en tant qu’investisseur, il y a deux ans et demi», raconte le CEO Karsten Fischer. Cet ancien spécialiste en capital-risque a précédemment mené sa carrière chez BioMedPartners, WestLB, Deutsche Venture Capital, McKinsey&Company et Sanofi Aventis. «Après avoir longtemps exercé du côté financier, j’ai décidé de changer de camp pour passer du côté opérationnel», décrit celui qui est également docteur en biologie infectieuse de l’Université d'État du Colorado.  Peu impressionné par Memo Therapeutics au départ – «encore une société qui produit des anticorps», pensait-il – il a été convaincu par l’efficacité de sa technologie. L’entreprise isole les anticorps liés aux maladies, répertorie leurs réponses immunitaires et les transfère dans de nouvelles cellules pour obtenir des «anticorps thérapeutiques extrêmement fonctionnels», selon les mots du directeur. La société cherche ainsi à mettre au point des traitements plus rapidement. «Notre concept permet d’identifier les anticorps d’un donneur en convalescence en trois semaines seulement, puis de les développer pour de premiers essais cliniques neuf mois plus tard», explique le CSO, Christoph Esslinger.

Stratégie tournée vers les infections

Le portefeuille actuel de l’entreprise se concentre sur les maladies infectieuses: la Covid-19 bien entendu, mais aussi le polyomavirus BK qui affecte des patients qui ont subi une transplantation rénale. «Nous ciblons le domaine infectieux en priorité parce que nous y avons prouvé par deux fois notre maîtrise. De plus, la concurrence est déjà rude sur segment de l’immuno-oncologie dans lequel Memo a fait ses débuts. Nous verrons où nous mènera la suite», brosse Karsten Fischer.

L’équipe composée de neuf scientifiques et du CEO a l’intention de grandir grâce aux fonds récoltés lors de ce tour de table. Ils permettront aussi, avant tout, de produire les deux anticorps dans le pipeline «ce qui est gourmand en termes de financement», puis de mener leur développement clinique. «Afin d’y parvenir pour les deux indications, nous ciblerons une deuxième clôture dans les mois à venir», précise Karsten Fischer. Une part de l’investissement servira aussi à explorer d’autres affections virales.

Sophie Marenne

L'Agefi Journaliste