Le FMI relève sa prévision de croissance pour la zone euro

Le FMI table désormais sur une croissance de 5% pour l'ensemble de la zone euro, contre seulement 4,6% lors de ses précédentes prévisions en juillet. La pandémie continue toutefois d'entraver la croissance mondiale.

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Le FMI attend ainsi 6% de croissance cette année aux Etats-Unis (-1 point), 8% en Chine (-0,1) ou 6,8% au Royaume-Uni (-0,2 point).

Le Fonds monétaire international a revu à la hausse mardi sa prévision de croissance en zone euro pour 2021, à la faveur d'une santé meilleure qu'anticipé de la France et de l'Italie.

Dans un rapport publié à l'occasion de ses réunions d'automne, le FMI table désormais sur une croissance de 5% pour l'ensemble de la zone euro, contre seulement 4,6% lors de ses précédentes prévisions en juillet et avant 4,3% attendus l'an prochain.

La zone euro fait plutôt figure d'exception face à plusieurs autres grandes économies pour lesquelles le FMI a abaissé ses prévisions mardi, même si ces dernières bénéficient de niveaux d'activité souvent supérieurs.

Les goulets d'étranglement logistiques qui ont désynchronisé les chaînes d'approvisionnement mondiales, entraînant des blocages dans les ports, des pénuries pour toute une gamme de matériaux, en particulier les semi-conducteurs, et une hausse des coûts d'exportation.

Croissance mondiale entravée

Ils pèsent partout dans le monde, notamment aux Etats-Unis où les industriels peinent à augmenter leur cadence de production.

Résultat, le FMI a abaissé la prévision de croissance 2021 de la première économie du monde à 6%, contre 7% en juillet. Mais elle l'a révisée en hausse pour 2022, à 5,2%, en prenant en compte les projets de dépenses pharaoniques prévues par l'administration Biden, de plusieurs milliers de milliards de dollars.

Pour 2022, le FMI table sur une croissance mondiale inchangée à 4,9%.

"Après un premier trimestre très difficile lié principalement à la pandémie, la zone euro a rebondi très fortement à mesure que les restrictions de déplacements changeaient", a relevé mardi le président de l'Eurogroupe, l'irlandais Paschal Donohoe, dans le cadre des réunions du FMI.

La Chine, d'où est partie la pandémie fin 2019, a subi elle aussi une révision à la baisse marginale (-0,1 point à 8%), en raison "des perturbations des chaînes d'approvisionnement", a commenté Gita Gopinath, économiste en chef du Fonds monétaire international.

Mais la deuxième puissance économique du monde va continuer d'être le moteur de la planète aux côtés des Etats-Unis et l'Inde (+9,5%, inchangée).

Prévisions en hausse pour la France

Parmi les pays européens qui devraient afficher une performance meilleure que prévu auparavant figure la France: après une très lourde récession en 2020, le FMI y anticipe 6,3% de croissance cette année (+0,5 point). Pour 2022 en revanche la prévision est revue à la baisse, à 3,9% (-0,3 point).

Le gouvernement français a lui-même révisé lundi ses anticipations pour cette année, les portant à 6,25%, après le succès de la campagne de vaccination anti-Covid et une mise en place du pass sanitaire cet été sans trop de conséquences sur l'activité.

L'Italie a aussi vu les prévisions du FMI pour cette année augmenter de 0,9 point pour passer à 5,8%.

Perturbations en Allemagne

A l'inverse, la croissance de Allemagne est rétrogradée à 3,1% (-0,5 point), sous l'effet des perturbations liées aux pénuries et affectant l'industrie. Le FMI table en revanche sur 4,6% (+0,5 point) l'an prochain.

Le Fonds se veut par ailleurs relativement rassurant concernant l'inflation, très surveillée dans le contexte d'un resserrement attendu de la politique de la BCE et qui vient de dépasser en septembre son plus haut niveau depuis treize ans à 3,4%.

Comme pour d'autres économies avancées, le FMI s'attend à ce qu'elle revienne "probablement à des niveaux prépandémie d'ici à la mi-2022". Pour l'heure, il anticipe 2,1% d'inflation cette année en moyenne dans la zone euro, et 1,8% l'an prochain.

Si l'impact du Covid devait se prolonger, le PIB mondial pourrait être réduit de 5.300 milliards de dollars au total au cours des cinq prochaines années comparé à nos prévisions actuelles
Gita Gopinath, économiste en chef du Fonds monétaire international

"Divergence dangereuse"

"Si l'impact du Covid devait se prolonger (...), le PIB mondial pourrait être réduit de 5.300 milliards de dollars au total au cours des cinq prochaines années comparé à nos prévisions actuelles", a expliqué Gita Gopinath, économiste en chef du Fonds monétaire international.

Selon elle, la préoccupation la plus grande est "la dangereuse divergence" des perspectives économiques entre les pays.

Le PIB des économies avancées devrait en effet retrouver sa trajectoire d'avant la pandémie en 2022 et la dépasser de 0,9% en 2024.

En revanche, celui des marchés émergents et des économies en développement (hors Chine) devrait rester 5,5% en dessous des prévisions prépandémiques en 2024. Ceci entraînera "un recul important de l'amélioration du niveau de vie" de ces populations.

Mme Gopinath a également déploré une reprise du marché du travail "inégale" à travers les économies et au sein même des catégories de travailleurs, en raison de facteurs combinés comme la peur d'être infectés par le Covid et le problème de garde d'enfants.

Par ailleurs, "les prix alimentaires ont le plus augmenté dans les pays à faible revenu où l'insécurité alimentaire est la plus aiguë, alourdissant le fardeau des ménages les plus pauvres et augmentant le risque de troubles sociaux", souligne-t-elle.(AWP)


Le FMI favorable à une réforme du plafond de la dette aux États-Unis

Les États-Unis doivent trouver "une solution de plus long terme" concernant la gestion de leur dette, a estimé mardi l'économiste en chef du FMI, envisageant même la suppression du plafond de la dette qui est source de tensions récurrentes entre démocrates et républicains. "Cela peut être par le fait de remplacer le plafond de la dette par une sorte d'objectif budgétaire à moyen terme par opposition au plafond de la dette, ou en augmentant automatiquement le plafond de la dette", a déclaré Gita Gopinath lors d'une conférence de presse à l'occasion de la publication des prévisions économiques mondiales du Fonds monétaire international. "Ces répétitions constantes (de psychodrames politiques au Congrès, ndlr) ne sont certainement pas utiles" à la bonne marche de l'économie, a-t-elle commenté, soulignant que cela générait de l'incertitude notamment sur les marchés. "Je pense donc que c'est quelque chose qui devrait être réformé", a-t-elle conclu. Après des jours de tensions, le Sénat américain avait éloigné jeudi dernier la menace d'un défaut de paiement catastrophique des États-Unis, en approuvant un texte qui permettra de relever le plafond de la dette de la première puissance mondiale jusqu'en décembre. Le FMI et la Banque mondiale tiennent leurs réunions d'automne cette semaine.

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