Mesures du Conseil fédéral: les réactions des milieux économiques et politiques

Alors que certains milieux économiques et politiques saluent les décisions du Conseil fédéral, d'autres, à l'instar du gouvernement genevois, se montrent très critiques face aux nouvelles mesures.

Keystone
Le Conseil fédéral a prolongé jusqu’à fin février la fermeture des restaurants.

Le Conseil d'Etat genevois très fâché par les décisions fédérales

Le Conseil d'Etat genevois a exprimé mercredi sa colère suite aux annonces du Conseil fédéral. Le canton demandait des aides fédérales supplémentaires pour compenser les fermetures des commerces, mais en l'état rien n'est prévu.

"Cette nouvelle est catastrophique pour le canton", a indiqué mercredi devant la presse Nathalie Fontanet, cheffe du Département des finances qui se dit choquée et stupéfaite. L'enveloppe de 80 millions de francs prévue pour le canton n'a à ce jour pas bougé, relève-t-elle. Le canton se battra pour faire augmenter cette aide.

Selon Mme Fontanet, Genève qui avait fermé les commerces et des restaurants en novembre a déjà commencé à indemniser. Avec l'assouplissement des conditions d'accès aux aides annoncé mercredi par le Conseil fédéral, 4000 entreprises pourraient être concernées à Genève, ce qui correspond environ à 340 millions de francs pour les six premiers mois de 2021.

Le canton est fâché par le manque d'indemnisation supplémentaire, en revanche il salue l'assouplissement des conditions d'accès aux aides pour les entreprises. "On assouplit, mais aucun franc supplémentaire n'a été octroyé", a regretté Anne Emery-Torracinta, président du Conseil d'Etat.

Economiesuisse critique la fermeture des commerces

Economiesuisse soutient la prolongation des mesures de protection en vigueur. Au vu de la situation épidémiologique, le Conseil fédéral n'a pas le choix, estime l'organisation faîtière. Celle-ci remet en revanche en question le durcissement annoncé.

La fermeture supplémentaire de nombreux commerces, malgré des concepts de protection qui fonctionnent, créé de gros problèmes. Le commerce de détail applique ces concepts avec rigueur depuis des mois. Aussi, economiesuisse estime que la fermeture décidée par le Conseil fédéral est destinée à réduire le risque d'infections possibles dans l'espace public.

L'organisation faîtière critique également l'obligation du télétravail. Là aussi, les concepts élaborés par les entreprises ont fait leurs preuves. De plus, le télétravail n'est tout simplement pas praticable pour toutes les activités. Là où cela est possible, les gens le pratiquent déjà, l'obligation ne fera pas une grande différence.

PLR: vacciner pour éviter les faillites

Le PLR salue la décision du Conseil fédéral d'aider les PME concernées rapidement. La situation dans plusieurs secteurs est désastreuse et sans soutien immédiat, beaucoup seront forcés de fermer ou de déposer leur bilan, soulignent les libéraux-radicaux tout en rappelant que la Suisse a les moyens de sauver son écosystème économique.

Le PLR continue de miser sur les vaccinations pour un retour le plus rapide à la normale. Sur ce point-là, ce parti continue de critiquer Berne et les cantons pour leur lenteur dans ce domaine, plaçant la Suisse à la traîne en comparaison internationale, selon eux.

L'UDC remontée contre le Conseil fédéral

Le Conseil fédéral, surtout le ministre de la santé Alain Berset, semble avoir complètement perdu le contact avec la réalité, écrit le parti. Au lieu de protéger les groupes à risque - environ 6% de la population - pour lesquels le coronavirus représente un danger mortel, il harcèle la majorité de la population qui pourrait travailler et vivre avec des mesures de protection adaptée, poursuit la formation politique de droite.

Bien que les chiffres des contaminations baissent, le Conseil fédéral opte à nouveau pour un semi-confinement. Il continue ainsi de détruire les emplois et les moyens de subsistance des familles, des jeunes et des travailleurs indépendants, dit l'UDC.

La fermeture est un "coup dur" pour le commerce de détail

La fermeture des commerces vendant des biens non essentiels est un coup dur, estime la fédération des commerces de détail Swiss Retail. Cette mesure menace la survie de nombreux commerces, déplore l'organisation.

Swiss Retail reconnaît que la situation épidémiologique est critique. En consultation elle demandait de prolonger le "lockdown light" jusqu'au 28 février, au lieu de fermer tous les commerces non essentiels dès lundi prochain, au détriment du plus grand employeur de Suisse, avec ses 310'000 emplois.

Alors qu'il s'est montré jusqu'ici exemplaire, flexible et proactif, le secteur est puni par une fermeture disproportionnée. Le commerce de détail n'est pas un foyer de contamination, rappelle la fédération.

Pour les collaborateurs, la perspective d'horaires réduits en raison de magasins fermés est très pesante et elle conduit à une grande incertitude. Cette nouvelle fermeture implique une perte de 3,2 milliards de francs par mois au niveau national.

L'aide destinée aux cas de rigueur est nettement trop modeste pour les commerçants de détail. C'est pourquoi Swiss Retail exige de la Confédération une participation "modérée" aux coûts fixes.

Les Verts saluent un "changement de cap"

Les Verts soutiennent le "changement de cap" du Conseil fédéral, a annoncé le chef du parti Balthasar Glättli, également conseiller national zurichois. Ce dernier estime que le Conseil fédéral a enfin reconnu la gravité de la situation.

Selon le parti écologiste, le compromis suisse était dans une impasse, "comme le montrent les chiffres toujours élevés des infections, les nombreux décès et la menace d'explosion des contaminations dues aux variants du virus".

Les Verts estiment que les nouvelles mesures sont sévères et exigent beaucoup de la population et de l'économie, mais qu'elles doivent être maintenues jusqu'à ce que la situation épidémiologique se calme. Raison pour laquelle, selon eux, il est important de fournir un soutien généreux, non bureaucratique et rapide aux PME et aux indépendants touchés.

Cas de rigueur: la solution retenue est la plus optimale

La Conférence des chefs des départements cantonaux de l'économie publique (CDEP) se réjouit des adaptations du programme pour les cas de rigueur. La solution retenue est la plus optimale, a estimé Christoph Brutschin, le président de la CDEP et conseiller d'Etat de Bâle-Ville, mercredi devant la presse à Berne.

La CDEP approuve le fait que les entreprises fermées durant plus de 40 jours sur décision des autorités soient considérées comme des cas de rigueur. Elle se réjouit aussi des moyens financiers supplémentaires.

"Nous souhaitons que les fonds arrivent le plus rapidement possible dans la poche de ceux qui en ont besoin", a déclaré M. Brutschin. "La crise touche tout le monde."

Face au reproche que les cantons ne sont pas assez réactifs, il a répondu que ces derniers "font ce qu'ils peuvent". Il a souligné que certains cantons - comme le sien - avaient eu le privilège de disposer de la base juridique nécessaire. Mais que d'autres cantons, comme celui de Zurich, avaient d'abord dû créer les bases légales et respecter les délais référendaires relatifs.

Mesures du Conseil fédéral saluées par le PS

Le Parti socialiste (PS) est satisfait des nouvelles mesures prises par le Conseil fédéral pour lutter contre le coronavirus. Une étape nécessaire pour réduire rapidement et durablement le nombre de malades, a déclaré mercredi le PS, ajoutant: "Le Conseil fédéral prend enfin ses responsabilités".

Tout ce qui n'est pas un renforcement des mesures serait de la négligence, a déclaré le porte-parole du PS Nicolas Haesler à l'agence de presse Keystone-ATS. "On aurait risqué voir des milliers de personnes supplémentaires mourir et des centaines de milliers perdre leurs moyens de subsistance économiques".

Selon lui, l'amélioration de la protection des personnes vulnérables est particulièrement bienvenue. Le PS souligne qu'il est désormais impératif que les personnes économiquement touchées reçoivent une indemnisation appropriée.

Si l'élargissement de l'aide économique annoncé mercredi est aussi saluée, ce n'est pas pour autant considéré comme suffisant. Le Parti socialiste demande aux cantons d'aller de l'avant avec le versement des aides financières.

Durcissement "compréhensible", estiment les directeurs de la santé

Le durcissement des mesures annoncé par le Conseil fédéral est compréhensible au vu de la situation épidémiologique, estime la Conférence des directeurs cantonaux de la santé (CDS). Le nombre de cas stagne à un niveau trop élevé et les nouvelles variantes du virus plus contagieuses laissent craindre une nouvelle hausse des infections.

Lors de la consultation, la majorité des cantons ont approuvé une prolongation des mesures, a annoncé la CDS dans un communiqué. Ils se sont également déclarés favorables à l’élargissement de l’obligation du port du masque sur le lieu de travail et à une protection renforcée des personnes vulnérables.

La plupart des cantons se sont par contre prononcés contre le télétravail obligatoire et la fermeture des magasins et marchés ne vendant pas des biens de consommation courante. (ats)

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