La publicité pour le tabac pourrait prendre un coup le 13 février

L'initiative, qui veut largement restreindre ses publicités afin de protéger la jeunesse, a le vent en poupe selon les premiers sondages. Les Suisses voteront le 13 février.

Keystone
Pour le Conseil fédéral et les partis bourgeois, l'initiative est trop restrictive. Les lieux et les médias réservés aux adultes sont rares



L'industrie du tabac pourrait bien perdre une bataille lors des prochaines votations. Une initiative veut largement restreindre ses publicités afin de protéger la jeunesse. Elle a le vent en poupe, selon les premiers sondages. Le chemin jusqu'au 13 février est toutefois encore long.

Un adolescent qui fume. La crainte a déjà agité tout parent. Pour certains, c'est une réalité. Un jeune de 17 ans sur quatre consomme l'une ou l'autre forme de tabac. Le coupable? C'est en grande partie la publicité, aux yeux des organisations de médecins et des associations de protection de la santé et de la jeunesse, à l'origine de l'initiative "Enfants sans tabac".

Eviter des morts et des coûts

La réclame vise à conquérir de nouveaux consommateurs et cible les plus vulnérables, pointent les initiants, soutenus par la gauche et les Vert'libéraux. Développant rapidement une dépendance et en pleine recherche identitaire, les adolescents constituent une cible parfaite.

Les publicitaires ont logiquement tourné leur stratégie vers eux, relève le camp du "oui". Preuve en est: leurs contenus sont diffusés via des influenceurs sur les réseaux sociaux ou sur les sites gratuits, et ils reposent sur des concepts attrayants comme la coolitude, le sex-appeal ou la liberté.

Or le tabagisme précoce est problématique. Plus les jeunes commencent tôt à fumer, plus ils risquent de développer des maladies chroniques potentiellement mortelles, soulignent les médecins.

Cancers, infarctus et maladies dus au tabagisme sont à l'origine de près de 10'000 décès par an, poursuivent-ils. C'est 40 fois plus que les morts de la route. Les coûts pour la société sont eux estimés entre quatre et six milliards de francs. Leur initiative exige donc l'interdiction de toute publicité pouvant atteindre les mineurs.


Responsabilité individuelle

Pour le Conseil fédéral et les partis bourgeois, c'est trop restrictif. Les lieux et les médias réservés aux adultes sont rares. Dans la pratique, cela reviendrait à une interdiction totale. Et les opposants de dénoncer une atteinte disproportionnée aux libertés économique et d'information garanties par la Constitution.

Le tabac est un produit légal et il doit pouvoir être promu, estiment-ils. La publicité est d'ailleurs une source de revenus pour les médias, les milieux culturels et les petits commerces.

C'est également une aide pour les consommateurs. Elle les informe sur les produits, leurs caractéristiques ou encore leur nocivité, et leur permet de découvrir des produits innovants, comme le tabac chauffé. Interdire la publicité reviendrait à infantiliser les clients, jugent les détracteurs de l'initiative. Chacun est responsable de sa santé et des produits qu'il consomme.

La mesure créerait en outre un dangereux précédent, assurent-ils. D'autres publicités pourraient être interdites, comme celles pour le fromage, les chips, le cervelas, les confiseries et tous les autres produits accusés d'être trop gras ou trop sucrés.

Mieux vaut s'en tenir, selon eux, à la nouvelle loi sur les produits du tabac, adoptée par le Parlement en guise de contre-projet indirect. Le texte constitue un "bon compromis", qui protège efficacement la jeunesse tout en préservant les intérêts économiques.

Contre-projet inefficace

Des arguments balayés par les médecins. Le tabac est une substance addictive, et non une denrée alimentaire. Il n'est pas question de poursuivre les interdictions dans d'autres domaines. La jeunesse doit être mieux protégée. Et le contre-projet n'y parvient pas.

Avec la nouvelle loi, la publicité reste autorisée dans les journaux gratuits, sur les réseaux sociaux et Internet, ainsi que dans les festivals, rappellent les initiants. Des médias, plateformes et espaces principalement investis par les jeunes.

Les Suisses trancheront dans un mois. L'initiative part certes avec une bonne avance, mais elle devra réunir la double majorité du peuple et des cantons. Un échec n'est pas exclu, comme l'a récemment montré l'initiative sur les entreprises responsables. (Delphine Gasche, ATS)

Une avancée est de toute manière prévue

Que les Suisses acceptent ou refusent l'initiative sur le tabac, une nouvelle loi entrera en vigueur. La vente de cigarettes sera interdite aux mineurs et la publicité mieux règlementée, notamment dans les cinémas et les espaces publics. Des mesures qui sont souvent déjà appliquées au niveau cantonal. Le Parlement a pris son temps pour accoucher du texte. Une première mouture, prévoyant des restrictions importantes pour la publicité, a été renvoyée au Conseil fédéral. Une version édulcorée est présentée en 2018. Le dépôt de l'initiative "Enfants sans tabac" encourage les sénateurs à durcir la copie. La nouvelle loi aurait alors pu satisfaire les initiants. Mais la position plus laxiste du National s'impose. Résultat: les avancées sont timides. Interdiction cantonale dès 16 ans La vente de tabac sera interdite aux mineurs. Seuls deux cantons, Appenzell Rhodes-Intérieur et Schwyz, l'autorisent encore. A l'exception d'Obwald, tous les autres cantons sont encore plus restrictifs. Ils ont placé la barre à 16 ans. Genève est le dernier romand à avoir introduit cette interdiction en juillet 2020. Pour sept cantons, dont Genève, Fribourg, Neuchâtel, le Valais et Berne, les interdictions valent aussi pour les cigarettes électroniques. Avec la nouvelle législation, la vente de ces dernières sera aussi interdite aux moins de 18 ans. Des achats-tests pourront être effectués, et des amendes distribuées. La publicité sera quant à elle interdite sur les affiches, dans les transports et les bâtiments publics, mais aussi dans les cinémas et sur les terrains de sport. Le parrainage d'événements internationaux et de manifestations destinées aux jeunes sera également prohibé. Tout comme la publicité dans les publications et sur les sites destinés aux mineurs. Dix-sept cantons disposent déjà d'une interdiction de la réclame pour le tabac sur les affiches dans les lieux publics. Dans la plupart d'entre eux, elle s'étend même aux panneaux visibles depuis un espace public. Vaud, Genève, Fribourg, le Valais et Berne en font partie. Une règlementation est en cours d'élaboration à Neuchâtel. Six cantons connaissent aussi des restrictions pour les cinémas.

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