La ligne inchangée de l'Opep+ souffle sur les braises du marché pétrolier

Le marché brûlant du pétrole attendait un geste, mais sourds aux appels, les pays membres de l'Opep+ ont choisi lundi de reconduire leur stratégie d'augmentation modeste de la production.

Keystone
Les vingt-trois membres de l'alliance, qui laissent encore quotidiennement près de 5 millions de barils de brut sous terre, ne semblent pas pressés de les remettre sur le marché malgré la surchauffe des prix.

Les treize membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs dix alliés via l'accord Opep+, emmenés respectivement par l'Arabie saoudite et la Russie, ont «confirmé l'ajustement à la hausse de la production globale mensuelle de 400.000 barils par jour pour le mois de novembre», a annoncé le cartel dans un communiqué publié à l'issue d'un sommet ministériel éclair tenu par visioconférence.

Si cette décision est la suite logique de la politique de l'alliance décidée en juillet, elle n'en a pas moins pris le marché par surprise tant elle va à l'encontre des attentes.

De nombreux acteurs et observateurs tablaient en effet sur une accélération de la cadence de production en réponse à la forte hausse des cours ces six dernières semaines, de plus de 20% pour le Brent, la référence du brut européen, et le WTI, son homologue américain.

Le statu quo de lundi n'aura fait qu'alimenter encore davantage cette envolée, de l'ordre de 3% en quelques minutes dès la fin de la réunion. En atteignant respectivement 78,38 dollars et 82,00 dollars, le WTI et le Brent retrouvaient des sommets plus vus depuis respectivement novembre 2014 et octobre 2018.

Risque sérieux

En amont du sommet, le secrétaire général de l'Opep Mohammed Barkindo avait donné un indice en jugeant la stratégie actuelle pertinente pour «répondre à l'augmentation progressive de la demande» sans verser dans une «surcharge de l'offre».

Les producteurs assurent dans leur communiqué que leur décision prend bien en compte «les fondamentaux actuels du marché pétrolier».

Il faut dire que les cours élevés sont une bénédiction pour les finances des producteurs malmenés au plus fort de la crise du Covid-19.

Pour autant, un pétrole cher pourrait les mettre dans l'embarras puisqu'il alimente l'inflation et menace la reprise d'économies à la convalescence fragile, un risque sérieux pour la demande à moyen terme.

Et ce n'est pas là le seul effet contre-productif: des prix élevés attirent sur le marché de nouveaux concurrents aux gisements devenus soudain rentables et encouragent les acheteurs à se tourner vers d'autres sources d'énergies, éventuellement plus propres.

Dans une récente étude, les analystes de Morgan Stanley estimaient que le seuil de 80 dollars le baril marquait l'entrée dans une zone de «destruction de la demande». Or dans le contexte actuel, Goldman Sachs voit le Brent s'envoler vers 90 dollars d'ici la fin de l'année.

Vouloir et pouvoir

Mais le cartel avait-il le choix? De plus en plus de doutes se font entendre sur la réelle capacité de l'Opep+ à augmenter la production à un rythme plus soutenu.

«La question la plus importante est peut-être de savoir si l'Opep+ sera en fait capable d'atteindre son objectif», a réagi Kieran Clancy, analyste de Capital Economics.

La plupart des membres respectent parfaitement les quotas, voire produisent moins que ce à quoi ils ont droit.

Pour un groupe plutôt abonné aux dépassements, cet indicateur suggère que l'Opep+ est déjà proche de ses limites en matière de hausse du volume, même si elle affiche encore une «réserve» de production quotidienne de près de cinq millions de barils.

Le Nigeria, l'Angola ou encore la Libye «continuent de faire face à leurs éternels problèmes d'infrastructures, d'investissements et de sécurité», expliquait la semaine passée Helima Croft, de RBC.

Les membres de l'alliance de producteurs ont par ailleurs convenu de se retrouver le 4 novembre. (AWP)

Commentaires