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Où l’industrie chimique doit-elle investir en vue d’un changement durable?

Comme d’autres secteurs, cette industrie est engagée dans un processus de transformation fondamentale, qui concerne en premier lieu la production de carburants, de produits chimiques et de matières synthétiques.

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Le diesel renouvelable présente plusieurs avantages par rapport aux carburants traditionnels et fournit 93% d’énergie en plus que celle consommée pour sa production.

L’industrie chimique peut apporter une contribution importante à un avenir plus vert et durable. Les investissements réalisés dans le développement et l’introduction de nouvelles technologies, dans les domaines des carburants, des bioplastiques et du recyclage sont au cœur des dispositions prises.

Comme bien d’autres secteurs, l’industrie chimique est engagée dans un processus de transformation fondamentale. Celle-ci concerne en premier lieu la production de carburants, de produits chimiques et de matières synthétiques (plastiques). Pour répondre aux exigences de la société et des clients en matière de durabilité, à la place du pétrole et du gaz naturel, les entreprises chimiques utilisent de plus en plus des ressources biosourcées ainsi que des déchets plastiques et des polymères recyclés pour fabriquer leurs produits.

La transition industrielle nécessite des innovations. Elle requiert notamment le développement d’équipements clés et de nouvelles technologies de procédés. Sur ce plan, quatre domaines offrent des possibilités particulièrement prometteuses: il s’agit des biopolymères, des carburants et produits chimiques à base biologique, des technologies de recyclage et des nouvelles applications pour les énergies renouvelables, par exemple la capture et le stockage du carbone.

Fabrication des matières plastiques: remplacer le pétrole par la biomasse

Les biopolymères (bioplastiques) sont produits à partir de matières premières biosourcées, c’est-à-dire renouvelables, par exemple le sucre ou l’amidon de maïs. La production mondiale de biopolymères connaît une croissance fulgurante. Partant de 2,4 millions de tonnes en 2021, on estime qu’elle passera à quelque 7,6 millions de tonnes en 2026.

Dans ce domaine, l’un des matériaux les plus prometteurs est l’acide polylactique (‘polylactic acid’ ou PLA). Les PLA sont des polyesters biosourcés et biodégradables/compostables, produits à partir d’acide lactique. Les domaines d’application du PLA sont très variés – de la biomédecine à l’industrie de l’emballage (bouteilles en PET) – et ouvrent à l’industrie chimique de nombreux champs de production nouveaux et durables.

Carburants biosourcés: un énorme marché

Parvenir à remplacer les carburants fossiles par des sources d’énergie renouvelables est l’un des défis les plus urgents à relever pour réaliser l’objectif zéro émission nette. Les carburants biosourcés – appelés carburants renouvelables – sont des carburants produits à partir de la biomasse. L’augmentation rapide de la demande de ce type de carburants offre des opportunités notables aux entreprises établies dans le secteur des huiles végétales et des biocarburants. En utilisant et en modernisant leurs infrastructures et raffineries existantes – à l’aide d’une technologie chimique appropriée –, ces entreprises peuvent passer à la fabrication de produits respectueux de l’environnement et se lancer rapidement sur un marché extrêmement intéressant.

Le diesel produit à partir de la biomasse en est un exemple. Le diesel renouvelable présente plusieurs avantages par rapport aux carburants traditionnels et fournit 93% d’énergie en plus que celle consommée pour sa production. Les quantités de polluants atmosphériques émis lors de la production sont également faibles au regard du gain énergétique net. Par rapport aux combustibles fossiles, de plus en plus mis sur la touche par l’utilisation de diesel biosourcé, les émissions de gaz à effet de serre sont réduites de plus de 40% tout au long de la production et durant la combustion.

Les partenariats établis entre les groupes chimiques et les entreprises technologiques spécialisées, avec les investissements les accompagnant, peuvent stimuler le développement des technologies axées sur les carburants renouvelables.

Le recyclage comme base d’une économie circulaire

L’industrie chimique doit également encourager le développement des technologies de procédés chimiques innovantes et rentables afin de permettre d’améliorer la transformation des déchets plastiques en nouveaux produits plastiques. Partout dans le monde, elle doit soutenir les fabricants dans les efforts qu’ils entreprennent pour parvenir à atteindre leurs objectifs de zéro émission nette. Les plus grandes sociétés chimiques du monde entier investissent déjà dans de grandes installations de recyclage avancées et dans les technologies propres afin de s’attaquer à l’un des plus grands problèmes de notre époque: les déchets plastiques. D’autres investissements ciblés sont nécessaires pour permettre d’installer une économie circulaire tout au long de la chaîne de valeur.

Selon le récent rapport «Closing the Plastics Circularity Gap» de Google, d’ici 2040, les technologies de recyclage modernes permettront de recycler plus de 100 fois plus de déchets plastiques qu’aujourd’hui, contribuant ainsi de manière substantielle à combler le fossé de la circularité. Parmi les technologies qui permettent d’obtenir des plastiques recyclables, et qui bénéficient actuellement d’efforts soutenus, on trouve des processus de nettoyage spécifiques, la récupération de polymères thermoplastiques par dissolution sélective, la décomposition de matières plastiques tels que le PET en éléments constitutifs appropriés (dépolymérisation) ou le craquage de polymères pour obtenir des matières premières issues d’hydrocarbures.

Ce mouvement global vers la durabilité est notamment porté par les besoins des consommateurs, les directives des autorités de régulation, les exigences des organisations non gouvernementales – et les investisseurs.

Commentaires

Sander van Donk

Sulzer Chemtech Global Head Clean Fuels and Chemicals Licensing