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Mutations du virus Omicron: de l’exubérance à la panique

Le climat d’incertitude sanitaire provoque un improbable rebond des obligations gouvernementales.

L’irruption brutale du nouveau variant Omicron a gâché la grande célébration consumériste qu’est devenue Thanksgiving en provoquant un recul sévère des actions et des matières premières cycliques comme le pétrole. Malmenés jusqu’à mercredi, les emprunts du Trésor US ont fait valoir leur statut de valeur-refuge, comme en témoigne le repli du rendement du T-Note à dix ans de 1,68% à 1,48%! Alors que les conséquences des mutations du coronavirus demeurent incertaines, la crainte d’une plus grande contagiosité et d’une réduction de l’efficacité des vaccins a brisé l’élan haussier des actifs risqués.

La chute des actions et des cours pétroliers a certainement été amplifiée par une liquidité amoindrie durant une session écourtée à Wall Street. Après une réaction à chaud confinant à la panique, les marchés ont retrouvé une certaine sérénité en ce début de semaine marqué par un rebond des actions, du pétrole et un léger redressement des taux d’intérêt qui a conduit le rendement du T-Note à 10 ans aux environs de 1,55%.

Avant l’arrivée fracassante d’Omicron, l’actualité était focalisée sur l’inflation aux États-Unis et sur les perspectives de resserrement monétaire qui se profilent pour 2022. Sans surprise, l’indice de prix des dépenses de consommation affiche une progression soutenue en octobre (0,6% mensuel, 5% en glissement annuel; respectivement 0,4% et 4,1% hors énergie et alimentation). La mesure d’inflation préférée de la Fed (celle à laquelle se réfère l’objectif de 2%) n’avait pas atteint un rythme aussi élevé depuis trente ans. L’augmentation de 1,3% des dépenses des ménages dépasse la progression des revenus de 0,5%, ce qui implique un reflux du taux d’épargne à 7,5%, un niveau proche de celui qui prévalait avant la pandémie.

Une conjoncture favorable aux États-Unis

Malgré une légère érosion, le PMI composite de Markit (56,5 en novembre après 57,6 en octobre) met en lumière une conjoncture favorable aux États-Unis. La progression des commandes de biens d’équipement (toujours en hausse hors défense et aéronautique) constitue un autre symptôme de vigueur. Le déclin des demandes d’indemnités de chômage (199.000 selon le dernier relevé hebdomadaire!) tend à confirmer l’assèchement du marché du travail A cet égard, le rapport de l’emploi attendu vendredi pourrait avoir une influence notable sur l’issue de la réunion du FOMC qui se tiendra les 14 et 15 décembre.

Le procès-verbal de la dernière réunion du FOMC traduit une inquiétude croissante face à l’inflation et la possibilité d’un «tapering» et d’un relèvement des taux d’intérêt plus rapide que précédemment escompté. Début novembre, le FOMC se référait encore au variant Delta et il lui reste deux semaines pour mieux cerner les implications de la mutation Omicron. Nouveau péril ou fausse alerte? Dans le doute, la Fed pourrait maintenir le cap esquissé en novembre qui implique l’arrêt des achats d’obligations à fin juin, suivi d’un ou deux relèvements de taux d’intérêt au second semestre 2022.

Le marché européen reste stoïque

En Europe, le marché des capitaux en euros n’a pas été bouleversé par l’arrivée du nouveau variant qui devrait conforter la BCE dans une posture attentiste. Le rendement du Bund allemand à 10 ans est stable aux environs de -0,3. Les rendements en livres sterling ont en revanche fléchi, car la Banque d’Angleterre pourrait temporiser en attendant de mieux cerner les risques sanitaires. Sur le marché du crédit, les primes de risque se redressent, notamment sur un segment «High Yield» fragilisé par le repli des prix de pétrole.

Le G-spread moyen de l’univers «Global High Yield» a atteint 4,3% alors qu’il s’établissait aux environs de 3,7% à fin septembre. Les emprunts de catégories «Investement Grade» ont vu leur spread moyen se redresser de 0,9% à 1,05%.

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François Christen

One Swiss Bank à Genève