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L’inflation en Turquie menace la baisse des taux d’intérêt

La banque centrale turque se retrouve entre le marteau et l’enclume. Lutter contre l’inflation ou céder aux pressions de M. Erdogan?

Le mois dernier, l’inflation turque a continué son ascension, réduisant ainsi toujours plus la probabilité d’une baisse estivale des taux d’intérêt tant souhaitée par M. Erdogan. L’indice a augmenté de 17,5% en glissement annuel, comparé à 16,6% en mai. Si la hausse des prix a été générale, elle a été particulièrement prononcée dans le secteur alimentaire. Les détails montrent que les prix à la production ont grimpé de 42,9% sur un an, ce qui rend les répercussions sur les consommateurs difficilement évitables.

Cette perspective n’a d’ailleurs pas échappé au ministre du Trésor et des Finances, Lutfi Elvan, qui a qualifié d’inquiétant l’écart croissant entre les prix à la production et ceux à la consommation. L’inflation au sein du secteur alimentaire, environ un quart du panier du consommateur, a bondi de 20% contre 17% au mois de mai, un niveau largement supérieur à l’objectif intermédiaire de 13% visé par la banque centrale pour la fin de l’année. Quant à la hausse de l’inflation sous-jacente, hors éléments volatils tels que l’alimentation et l’énergie, elle a atteint 17,5%, contre 17% en mai, soulignant également les fortes pressions inflationnistes.

La banque centrale se retrouve entre le marteau et l’enclume. Lutter contre l’inflation ou céder aux pressions de M. Erdogan? Suite à la baisse du nombre de cas de coronavirus, la Turquie a assoupli ses mesures de confinement le mois dernier, ce qui a priori devrait être de bonne augure pour la reprise de l’activité économique. La faiblesse persistante de la livre, combinée au renchérissement des prix des matières premières, rend malgré cela toute entame de cycle d’assouplissement monétaire prématurée, même si M. Erdogan a signalé la possibilité d’une baisse des taux d’intérêts en juillet ou en août. Selon des spécialistes du marché turc, le niveau actuel d’inflation n’est en aucun cas compatible avec une telle décision cet été. A moins d’un coup de force de la part de M. Erdogan, le plus rapide envisageable serait le mois septembre.

Sinon, les prédictions tablent plutôt sur la fin de cette année, lorsque les effets de la dépréciation de la livre se dissiperont, conduisant alors à une réduction de l’inflation. En juin dernier, sous la direction de M. Kavcioglu, quatrième gouverneur nommé depuis juillet 2019, la banque centrale a maintenu ses taux inchangés pour une troisième fois consécutive, Depuis mars, date de son entrée en fonction, la livre s’est affaiblie de plus de 15% par rapport au dollar, malgré son engagement à maintenir une politique monétaire restrictive jusqu’à ce que la cible d’inflation de 5% soit réalisée. 

Les derniers chiffres infirment les prévisions de M. Kavcioglu, selon lesquelles l’inflation aurait culminé en avril. L’annonce de l’augmentation de 15% du coût de l’électricité et jusqu’à 20% du prix du gaz naturel ne laisse présager rien de bon pour les chiffres de juillet. La prochaine réunion de banque centrale, le 14 juillet, ne sera pas une partie de plaisir pour M. Kavcioglu.

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Gianni Pugliese

Mirabaud Analyste obligataire