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Le trend à la dépréciation à moyen terme

Franc. Les spécialistes de UBS WM tablent modestement sur un euro à 1,12 franc sur 12 mois. Mais une fin des bilatérales pourrait le faire chuter à 1,22.

Alors que le monde bancaire se demande quel pourrait être le premier établissement d’une certaine importance à annoncer répercuter directement sur ses clients privés les taux d’intérêt négatifs imputés par la BNS, avec les répercussions fâcheuses que cela impliquerait, c’est un autre scénario extrême, à l’opposé du premier, qu’ont analysé Alessandro Bee et Thomas Flury, respectivement économiste et stratège auprès du Chief investment Office (CIO) d’UBS Wealth Management, dans un commentaire d...

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Alors que le monde bancaire se demande quel pourrait être le premier établissement d’une certaine importance à annoncer répercuter directement sur ses clients privés les taux d’intérêt négatifs imputés par la BNS, avec les répercussions fâcheuses que cela impliquerait, c’est un autre scénario extrême, à l’opposé du premier, qu’ont analysé Alessandro Bee et Thomas Flury, respectivement économiste et stratège auprès du Chief investment Office (CIO) d’UBS Wealth Management, dans un commentaire diffusé lundi soir. Dans le cadre d’une analyse fondée sur les répercussions du vote Brexit sur l’économie et sur la monnaie britanniques. Cette dernière a en effet a perdu 13% de sa valeur depuis lors pour atteindre son niveau le plus bas en 30 ans contre le dollar. Pour la Suisse, ce scénario extrême, ce serait celui d’une résiliation des accords bilatéraux par l’Union Européenne. Notre monnaie pourrait alors se déprécier à 1,22 franc, au maximum, contre l’euro selon les spécialistes de UBS WM, avec d’autres indicateurs clés en nette dégradation (croissance du PIB, inflation) toujours sur la base de ce scénario de risque Brexit. «Mais avec un tel franc plus faible, les gens qui travaillent en Suisse ne se sentiraient pas mieux» avertissent les auteurs.

Mais pour l’instant, avec ou sans bilatérales, les spécialistes de UBS WM anticipent une légère dépréciation du franc contre l’euro sur un horizon de 12 mois, à un niveau estimé à 1,12 franc. Soit à un niveau qui maintient le franc surévalué, compte tenu du scepticisme ambiant sur la zone euro tant que les grandes économies de la France et de l’Italie n’auront pas procédé aux réformes structurelles qui s’imposent.

Economiste en chef de la Banque Cantonale de Saint-Gall et ancien responsable de la gestion des devises de la BNS, Thomas Stucki rappelle de son côté dans une note diffusée lundi également que la plus grande part de l’appréciation du franc n’est pas intervenue depuis l’abolition du taux plancher de l’euro, mais entre 2008 et 2011, lorsque le franc s’est apprécié de 30%, contre 8% depuis l’abolition du taux plancher. Alors que depuis un an, le cours du franc évolue de manière plutôt stable, en particulier contre l’euro, soit entre 1,08 et 1,11 franc. Les turbulences des marchés financiers - au début de l’année et lors du vote sur le Brexit en juin - n’ont pas donné lieu à l’appréciation tant redoutée du franc. A la faveur certes des interventions de la BNS sur le marché des changes.

Aux antipodes d’une accentuation des taux négatifs par la BNS, le spectre que brandissent les spécialistes de UBS, c’est celui d’une dépréciation bien plus ample du franc qui serait induite par une application «dure» de l’initiative contre l’immigration de masse votée par le peuple suisse en 2014, face au rapprochement de l’échéance informelle de février prochain. Une application «dure» qui pourrait donner lieu à une dispute avec l’UE et même à une résiliation des accords bilatéraux. Un scénario jugé certes peu probable mais qui pourrait se produire, avec un impact énorme sur la productivité et la croissance en Suisse selon les deux spécialistes de UBS WM.

Notamment parce que la BNS voudrait éviter que l’épargne ne soit frappée par des taux négatifs, la probabilité d’une nouvel abaissement du taux d’intérêt négatif de 0,75% appliqué actuellement par la banque centrale est jugée très minime par Alessandro Bee, à moins que le franc ne se retrouve sous une forte pression à la hausse. Pour l’instant l’économiste de UBS WM estime que le scénario le plus probable est celui d’un maintien des bilatérales en Suisse et d’une légère reprise de l’économie mondiale, d’une phase de relèvements des taux d’intérêt par la FED en décembre et d’un abandon du QE l’an prochain par la BCE. Ce serait là le contexte prévisionnel d’un affaiblissement du franc dans les 12 prochains mois à 1,12 franc. Mais à plus long terme, le niveau d’inflation suisse plus faible de plus d’un point de pourcentage par rapport à la zone euro devrait ramener le juste niveau de la parité EUR/CHF à 1,10 franc d’ici cinq ans. Ce qui limite le potentiel de dépréciation actuel.

Thomas Stucki ne s’attend pas lui à ce que les taux d’intérêt négatifs disparaissent en Suisse avant que la BCE ne remonte nettement ses taux, ce qu’il ne prévoit pas avant le milieu de l’année 2018. Un taux d’inflation suisse inférieur de 1-2% dans la durée par rapport à la zone euro et aux Etats-Unis constitue à son gré un avantage compétitif pour l’économie suisse, neutralisé par une appréciation du franc de même ampleur attendue en moyenne dans les prochaines années.

Selon lui, il n’appartient cependant pas à la banque centrale de l’empêcher, mais de limiter les poussées de hausse à court terme. Il ne table donc pas lui non plus sur une nette dépréciation du franc d’ici-là.

Piotr Kaczor

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