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Le «taper tantrum» inquiète les investisseurs

Alors que les perspectives sont encourageantes, des gérants de fonds craignent que le prix à payer pour cette amélioration de la conjoncture soit probablement un changement de cap de la BCE.

Le soutien des gouvernements et des banques centrales, la découverte des vaccins et finalement les campagnes de vaccination ont permis d’envisager l’après Covid-19. Des levées de restrictions sont déjà en cours dans certaines régions et annoncées dans d’autres. Bien qu’en retard par rapport aux Etats-Unis, la reprise européenne devrait accélérer durant le second semestre, grâce au progrès attendu du rythme des vaccinations et à la réouverture des économies. 

Les perspectives sont donc plus encourageantes. Elles inquiètent pourtant des gérants de fonds qui estiment que le prix à payer pour cette amélioration de la conjoncture sera probablement un changement de cap de la BCE. Ils ont positionné leurs portefeuilles en vue de capturer les opportunités de performance au fur et à mesure que la pandémie s’atténue. Ils craignent pour leur exposition au crédit car, avec la montée en puissance de l’économie, la probabilité que la BCE décide de retirer une partie de son support augmente. Si tel s’avère être le cas, cela reviendrait à perdre un allié de poids, étant donné que cette classe d’obligations a fortement bénéficié des programmes d’achats. 

Selon une enquête menée par Bank of America ce mois-ci, 32% des gérants interrogés ont estimé que le «taper tantrum» représente le risque le plus important. Pour rappel, le terme se réfère à l’épisode de 2013, lorsque la Fed avait évoqué la possibilité de mettre un terme à ses achats d’actifs dans le cadre de son programme d’assouplissement quantitatif. Suite à l’annonce, la «colère» du marché avait provoqué une brusque hausse des rendements longs américains. De mai à septembre 2013, les performances des emprunts du Trésor à 10 ans et 30 ans chutaient respectivement de plus de -9,5% et -16,5%. L’indice américain des obligations d’entreprises «investment grade» (IG) reculait d’environ -6,5%, avec une perte supérieure à -8% sur le segment 7 ans à 10 ans. 

Côté européen, ce même segment enregistrait une performance de -4%. Le parallèle avec cet épisode sème le trouble. Certains spécialistes de crédit pensent que la BCE pourrait réduire ses achats au troisième trimestre prochain, lorsque les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la zone euro atteindront l’immunité collective au Covid-19. Cette éventualité alimente une sorte de mauvais présage pour l’été à venir. Or, malgré une performance négative de -0,48% depuis le début de l’année, les obligations d’entreprises IG font plutôt preuve de résilience. Elles surperforment l’indice souverain allemand ainsi que celui de leurs homologues américaines. 

Pour qui veut voir le verre à moitié plein, des avis en faveur du soutien aux obligations d’entreprises jusqu’en fin d’année existent aussi. En outre, une réduction potentielle du PEPP affecterait principalement les achats de titres souverains, qui sont la composante dominante de ce programme. Les achats d’obligations d’entreprises se situent en grande partie dans l’enveloppe de l’Asset Purchase Programme que la BCE s’est engagée à maintenir jusqu’à sa première hausse des taux. Faites vos jeux, rien ne va plus!

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Gianni Pugliese

Mirabaud Analyste obligataire