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Jerome Powell met fin à un malentendu

En axant son discours sur l’inflation, le banquier central a infirmé tout espoir de revirement rapide.

KEYSTONE
Jerome Powell n’a pas fourni de signal précis quant à l’issue de la réunion du 21 septembre, mais le message austère suggère qu’un troisième relèvement consécutif de 0,75%, vers un taux cible compris en 3% et 3,25%, est probable.

Très attendue, l’intervention du président de la Fed à la grand-messe de Jackson Hole a suscité des réactions contrastées. On n’observe pas de grand bouleversement sur le marché obligataire, assez serein. Des tensions modérées ont conduit le rendement du T-Note à 10 ans aux environs de 3,1%, tandis que les rendements à 1 et 2 ans se sont redressés aux environs de 3,4%. Les «futures» sur le taux d’intérêt des Fed Funds préfigurent désormais un sommet entre 3,75% et 4% et une distribution de probabilité légèrement biaisée vers un taux supérieur à 4%.

Jerome Powell n’a pas fourni de signal précis quant à l’issue de la réunion du 21 septembre, mais le message austère suggère qu’un troisième relèvement consécutif de 0,75%, vers un taux cible compris en 3% et 3,25%, est probable. Le discours met l’accent sur la priorité accordée à la lutte contre l’inflation, sans le moindre égard pour les risques de récession qui ont alimenté l’improbable rebond de Wall Street durant l’été. Le banquier central ne cache pas que le rétablissement de la stabilité des prix impliquera un certain degré de souffrance («pain» en v.o.) pour les ménages et les entreprises – une souffrance nécessaire pour éviter des ajustements encore plus douloureux si l’inflation s’enracine. En bref, la réactivation du «Fed put» n’est pas d’actualité.

Après deux mois de malentendu, Wall Street a bien reçu le message de Jerome Powell et recalibré ses attentes pour 2023. Il en résulte un repli marqué des actions, notamment des valeurs de croissance (à «duration» élevée, plus sensibles au redressement des taux d’intérêt). Sur le marché du crédit, les primes de risque associées aux obligations d’entreprises sont reparties à la hausse pour s’établir aux environs de 155 points de base en moyenne dans le segment «Investment Grade» et 525 points de base pour les emprunts de catégorie «High Yield».

Les indicateurs publiés la semaine passée mettent en lumière une dégradation de la marche des affaires aux Etats-Unis. Le PMI composite dévoilé par S&P s’est replié de 47,7 en juillet à 45 en août. Le déclin prononcé des ventes de maisons neuves (au plus bas depuis 2016) pourrait préfigurer une crise immobilière lourde de conséquences, même si les ménages et les banques présentent des bilans bien plus sains qu’en 2008. En préambule au rapport de l’emploi attendu vendredi, le niveau des demandes d’indemnités de chômage (243.000 selon le dernier relevé hebdomadaire) traduit toujours un marché du travail tendu.

En Europe, les rendements en euros sont soumis à de vives tensions. Diverses sources, dont le «faucon» autrichien Robert Holzmann, ont laissé entendre que le Conseil des gouverneurs de la BCE devrait considérer un relèvement des taux d’intérêt de 0,75% le 8 septembre. Cette issue est assez improbable, mais le cap restrictif suivi par la Fed et la dépréciation de l’euro plaident résolument pour un relèvement de taux d’intérêt de 0,5% même si les perspectives conjoncturelles en Europe continuent à s’assombrir en raison de la flambée sans précédent des prix de l’énergie (électricité et gaz). Le douloureux parcours évoqué par Jerome Powell s’applique aussi à la zone euro et au Royaume-Uni.

Longtemps perçue comme un îlot de cherté, la Suisse se distingue par une inflation plus digeste que celle qui sévit chez ses partenaires occidentaux. Le prochain examen trimestriel de la situation économique et monétaire de la BNS sera dévoilé le 22 septembre, après les réunions de la BCE et du FOMC. La longue parenthèse des taux d’intérêt négatifs devrait enfin se refermer par le biais d’un relèvement du taux de dépôt d’un demi-pourcent qui semble adéquat pour préserver la force aujourd’hui bénéfique du franc suisse.

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François Christen

One Swiss Bank à Genève