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High yield: les défauts de paiement pourraient rester raisonnables

Le rapport de Moody’s de mai sur les défauts de paiement révèle des informations intéressantes. Rassurantes en premier lieu puisque le taux de défaut de la dette spéculative, même s’il augmente, n’est «que» de 2,1%.

La volatilité des marchés obligataires en 2022 nous rappelle que la classe d’actif ne suit pas toujours un long chemin tranquille. Si pour une majorité des emprunts, la volatilité est «juste» un mauvais moment à passer en attendant l’échéance, pour une frange plus réduite elle peut mener au risque obligataire ultime: le défaut de paiement.

Le rapport de Moody’s de mai sur les défauts de paiement révèle des informations intéressantes. Rassurantes en premier lieu puisque le taux de défaut de la dette spéculative, même s’il augmente, n’est «que» de 2,1%. Sur les neuf défauts constatés six proviennent des marchés développés et trois des émergents. Aux Etats-Unis le producteur d’énergie indépendant Talen Energy Supply s’est retrouvé pris en tenaille: hausse des prix du gaz, faibles marges, endettement élevé, accès limité aux liquidités et en conséquence hausse des besoins en collatéral. Cet enchaînement pourrait bien sûr affecter d’autres entreprises. Dans les marchés émergents, les promoteurs immobiliers chinois continuent de souffrir avec deux nouveaux défauts.

Les conditions de marché restent compliquées et l’accès aux capitaux extrêmement limité. De quoi amener Goldman Sachs à relever sa prévision de défaut dans le secteur à 31,6%, soit près d’un développeur sur trois ! Sachant que le secteur de la construction est le pire cette année avec neuf défauts, surpassant de justesse les huit du secteur des banques, il est légitime de penser que cela pourrait ne pas s’arrêter là. Les émetteurs russes pourraient aussi venir alimenter ces statistiques prochainement puisque la période de grâce accordée à la Russie prendra fin le 26 juin. Même si dans ce cas précis, le nœud du problème se situe davantage dans la sphère politique qu’économique, Moscou estimant être poussé au défaut. Si cela devait être le cas, il s’agirait du premier défaut russe sur de la dette étrangère depuis un siècle.

Et alors, quelles sont les perspectives?

Dans sa version la plus pessimiste, Moody’s estime que le taux de défaut spéculatif pourrait s’élever à 10% en mai 2023. Le scénario central est moins dramatique avec un taux de défaut atteignant 3,3% en mai prochain, soit en dessous de la moyenne annuelle historique de 4,1%. Un nombre important de voyants est passé à l’orange mais Moody’s note aussi que les besoins de liquidités restent plutôt modestes puisque nombre de sociétés se sont déjà refinancées. Outre choisir des émetteurs avec de solides réserves de liquidités, que doit regarder un investisseur? Tout d’abord, s’il souhaite s’aventurer dans la dette spéculative, l’approche au travers de véhicules collectifs, comme les fonds de placement, est fortement recommandée car il profitera d’un effet de diversification non négligeable. Ensuite se souvenir que le risque de taux reste important dans la phase de remontée des rendements actuelle, privilégier des maturités courtes est conseillé. Et se rappeler que dans certaines phases de marché, avoir pour objectif «ne pas perdre d’argent» est une ambition plus qu’honorable.

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Catherine Reichlin

Banque Mirabaud Responsable de la recherche financière