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Exposition plus large aux actions

Les titres européens bénéficieront davantage de la reprise cyclique, selon la synthèse de l’ISAG*.

Si le rebond de l’activité et de l’inflation est désormais largement attendu pour le milieu d’année, les stratégistes de la place de Genève se sont interrogés sur «l’après» et sur le positionnement tactique à adopter dans les portefeuilles. 

En 2021, la croissance américaine (6,2%) excèdera celle européenne (4,1%) et suisse (3,5%). Cette accélération de l’activité n’impliquera pas une inflation durablement élevée. Certes, un pic inflationniste est attendu au second trimestre en raison de la hausse de 200% du prix du pétrole, mais la hausse des prix se limitera sur l’ensemble de l’année à 2,2%. L’inflation sera de 1,2% en zone euro et nulle en Suisse. La reprise de la mondialisation et l’accélération de la numérisation des économies maintiendront ces pressions désinflationnistes, tandis que la normalisation du marché du travail n’impliquera pas d’inflation salariale significative.

En outre, la déflation en Chine confirme qu’une forte accélération de l’activité n’implique pas nécessairement de hausse des prix.

Taux réels toujours négatifs

Par conséquent, les politiques monétaires resteront accommodantes. Les rachats d’actifs se poursuivront au moins jusqu’en 2022 et les taux directeurs se maintiendront aux niveaux actuels. Le taux 10 ans US n’excéderait pas les 1,8% en 2022, le taux allemand serait nul et l’or s’établirait à 1900 $, soutenu par des taux réels toujours négatifs. Ce dernier facteur est un indicateur de premier ordre pour les stratégistes de l’ISAG. Des taux réels positifs représenteraient un seuil problématique qui imposerait alors une réaction des banques centrales. Les intermédiaires de marchés anticipent des taux réels positifs au-delà de 2025 et une inflation proche de 2,5%, ce qui impliquerait une croissance du PIB encore élevée d’ici 5 ans et signifierait que les attentes de taux réels sont actuellement exagérées.

Cet environnement bénéficiera aux actions. Les stratégistes priorisent une allocation diversifiée entre les grands leaders technologiques et les entreprises davantage sensibles à la reprise cyclique. Le taux d’actualisation ne sera pas affecté par la récente hausse des taux. En revanche, la hausse des prix des matières premières pourrait se poursuivre en raison de nombreux déficits structurels entre l’offre et la demande, ce qui bénéficiera notamment au secteur de l’énergie. Dans un portefeuille équilibré, la moitié de l’allocation est ainsi consacrée aux actions avec une surpondération sur les actions européennes et émergents, susceptibles de bénéficier davantage de la reprise cyclique.

Un attrait des actifs en euros qui soutiendra la monnaie unique jusqu’en 2022 puisque celle-ci se maintiendra à 1,23 face au dollar américain et se stabilisera face au franc à 1,10. Un contexte surtout susceptible de limiter les interventions de la BNS sur le marché des changes au cours des prochains mois.

* L'Investment Strategist Association of Geneva (ISAG) regroupe les CIO et économistes en chef d'une vingtaine d'établissements financiers basés en Suisse romande. Elle publie chaque trimestre leurs vues d'investissement.

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Arthur Jurus

Landolt & Cie Chef économiste