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De la pause au pivot, un chemin escarpé

L’exubérance des investisseurs tend à justifier des prises de profits opportunistes et tactiques.

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Ce regain d’appétit pour les actifs risqués est étayé par l’espoir, largement partagé à Wall Street, que le cycle de resserrement monétaire conduit par la Réserve fédérale est bientôt achevé.

Un vent d’optimisme souffle sur les marchés financiers depuis le début de l'année et les obligations jouent un rôle non négligeable dans ce déroutant «rally» de janvier. La décrue des rendements à long terme en dollars et en euros après un épisode de tensions à fin décembre est évidemment favorable aux valeurs de croissance qui ont tant souffert en 2022. Sur le marché du crédit aux entreprises, les primes de risque ont fondu comme neige au soleil, en passant de 185 à 140 points de base en moyenne dans l’univers global «Investment Grade» et de 615 à 460 points de base dans le segment «High Yield»!

Ce regain d’appétit pour les actifs risqués est étayé par l’espoir, largement partagé à Wall Street, que le cycle de resserrement monétaire conduit par la Réserve fédérale américaine (Fed) est bientôt achevé. Le «consensus» ne prévoit plus que deux petits relèvements de 0,25 point du taux d’intérêt des Fed funds vers un niveau terminal compris entre 4,75% et 5%. Jerome Powell n’a pas émis le moindre commentaire pour infirmer cette prédiction lors de sa première intervention de l’année, consacrée à l’indépendance des banques centrales. Certains de ses collègues ont toutefois confirmé qu’un relèvement de taux d’intérêt de 0,25 point serait probablement approprié en février.

Après de bonnes surprises en octobre et en novembre, les chiffres d’inflation publiés aux Etats-Unis se sont révélés conformes aux attentes en décembre. L’indice des prix à la consommation affiche une baisse de 0,1%, conduisant à un reflux de l’inflation annuelle de 7,1% à 6,5% qui résulte principalement du récent repli des prix des produits pétroliers. Hors énergie et alimentation, l’inflation sous-jacente s’établit à 0,3% sur un mois et 5,7% en glissement annuel, soit un rythme qui demeure problématique au regard de l’objectif de 2% visé par la Réserve fédérale. En bref, la décrue de l’inflation est réjouissante, mais insuffisante pour permettre à la banque centrale de «pivoter» et consacrer ses efforts à la relance.

Economie américaine encore trop dynamique

Les indicateurs récents mettent en lumière un redressement de la confiance des consommateurs (64,6 en décembre après 59 en novembre) et un marché du travail robuste, comme en témoigne le niveau réduit des demandes d’indemnités de chômage (205.000 selon le dernier relevé hebdomadaire). Ces symptômes de vigueur et le repli du dollar pourraient entraver le reflux de l’inflation et inciter la Fed à se montrer moins conciliante qu’escompté.

Un rappel à l’ordre de la part de Jerome Powell et de ses collègues pourrait briser l’élan haussier des actions et des obligations à long terme qui ont perdu une grande partie de leur attrait après la baisse marquée des rendements observée depuis trois mois. Le rebond rapide des indices boursiers et le reflux marqué des rendements obligataires semblent donc se prêter à des prises de profits opportunistes et tactiques avant que ne survienne un nouvel épisode «risk off» provoqué par la persistance de l’inflation ou la matérialisation des risques de récession qui planent sur les économies occidentales.

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François Christen

One Swiss Bank à Genève