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Crédit privé: entre résilience et opportunités

Malgré le risque d’inflation à court et à long terme, ce financement recèle encore de belles opportunités.

Après une baisse spectaculaire au début de la pandémie, les marchés des valeurs mobilières ont connu une reprise remarquable ces deux derniers semestres. La dette publique se situe aujourd’hui à un niveau égal, voire supérieur, à celui d’avant la pandémie et les fonds publics sont supérieurs à ce qu’ils étaient à la veille de la crise du Covid. L’économie a connu une reprise impressionnante avec des taux de chômage qui, depuis le pic de la crise sanitaire, ont considérablement chuté et continuent de baisser.

Le crédit privé a toujours été perçu comme le choix de la stabilité en période de volatilité. Et les derniers mois ont montré que cette classe d’actifs continue à afficher d’excellentes performances même dans des conditions de marché peu favorables. Certains rendements sur le marché du crédit privé sont supérieurs de 270 à 300 points de base par rapport à ceux d’autres solutions de crédit sur les marchés des prêts à haut rendement et à effet de levier, par exemple. Un bilan historique solide donc et, surtout, une bonne base pour l’avenir.

Une performance solide

Le financement du crédit privé est resté stable au cours des cinq dernières années, oscillant entre 40 et 50 milliards de dollars par an. Les dix dernières années ont en revanche vu une augmentation constante de la demande. En juillet 2021, les réserves en capitaux engagés et non investis s’élevaient à plus de 580 milliards de dollars, débouchant sur une demande en dette implicite de 871 milliards de dollars. Le rapport entre la demande et l’offre sur l’ensemble du secteur du crédit privé reste de l’ordre de 9:1, avec une demande de financement par emprunt qui devrait dépasser les 1000 milliards de dollars dans les années à venir.

Si la concurrence s’est actuellement accrue au niveau des transactions, entraînant une hausse des niveaux des leviers et une tarification plus serrée, on reste encore loin des niveaux pré-Covid. Les valorisations des entreprises ont augmenté plus vite que le pourcentage de contribution à la dette, faisant monter la part en espèces des opérations de private equity à 50-60% de la valeur de transaction.

Le niveau record des réserves, les taux d’intérêt faibles et les valorisations élevées ont stimulé une hausse significative du flux de transactions, ce qui a contribué à atténuer les effets d’un accroissement de la concurrence et à maintenir des spreads suffisamment importants. Face à la perspective d’une augmentation des impôts sur les plus-values, il est par ailleurs probable que de nombreux acteurs aient choisi de vendre leur société et aient ainsi alimenté une offre déjà importante.

Le danger de l’inflation

Si les marchés sont restés performants suite à la pandémie, la prochaine menace pourrait être celle d’un cycle inflationniste plus long. La libération d’une consommation refoulée et le déblocage de fonds de relance ont mis sous pression les chaînes d’approvisionnement, entraînant une hausse généralisée des prix. Le risque que cette inflation s’inscrive dans un cycle à long-terme serait lourd de conséquences tant pour les marchés des valeurs mobilières que pour l’économie en général. Un tel cycle pourrait à son tour déclencher une augmentation des taux d’intérêt et une correction significative des valorisations des entreprises.

Les transactions de crédit privé intègrent généralement des mesures de sécurité et la possibilité pour un prêteur de saisir sa garantie en cas de défaut. Les lois et les règlements suisses présentant des défis en termes de dispositifs de sécurité, s’assurer qu’un prêteur est en mesure de saisir les garanties de son prêt à une société suisse représente donc un enjeu crucial.

Si la perspective d’un cycle inflationniste long est inquiétante pour l’ensemble des marchés, celui du crédit privé bénéficie d’un avantage. En effet, les taux qui y sont appliqués sont principalement flottants. Un fonctionnement qui permettrait à ce marché de bien s’adapter à une hausse généralisée des taux.

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Bill Sacher

Adams Street Partner & Head of Private Credit