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Actifs risqués en piste

Les prévisions trimestrielles dans la gestion des portefeuilles des CIO et économistes en chef d’une vingtaine d’établissements financiers membres de l’Isag**.

2020 aura été l’année des extrêmes. Si le premier semestre a été marqué par une récession mondiale et la chute des places boursières, les stratégistes de l’Isag préparent dorénavant 2021 en surpondérant leur exposition aux actifs risqués, plus particulièrement aux marchés actions. Les stratégies convergent vers la grande gagnante de 2020: la Chine. Son activité économique a retrouvé son niveau pré-Covid. La forte exposition de ses marchés aux valeurs de qualité, notamment technologiques, témoigne certes d’une forte concentration des indices mais aussi d’une profitabilité élevée et d’un environnement économique moins instable que dans le reste du monde. Les marchés européens restent attractifs notamment à court terme. Les stratégistes s’exposent davantage aux valeurs les plus cycliques, notamment industrielles, mais n’adoptent pas un repositionnement significatif sur les actifs les moins valorisés. En particulier, les attentes de profitabilité pourraient être revues en baisse lorsque la vigueur de la croissance européenne en 2022 sera davantage discutée. Les indices boursiers sont attendus en hausse au cours des 12 prochains mois d’un peu plus de 5% dans les principales régions. En revanche, les stratégistes de l’Isag ont affiché plus de prudence sur le marché du crédit. Les dettes d’entreprises de notation BBB/BB offrent un rendement plus attractif que les papiers de qualité supérieure vendus au prix fort. Mais le segment spéculatif pourrait pâtir (i) de primes de risque plus attractives sur les marchés actions, (ii) d’un taux de récupération en cas de défaut proche de 0% contre 40% en moyenne historique, et (iii) d’une accumulation de défauts d’entreprises européennes l’an prochain. Trois risques qui conduisent les stratégistes à sous-pondérer leur exposition au crédit. Néanmoins, des politiques monétaires plus accommodantes limiteront les hausses des taux d’intérêt. L’activité restera inférieure à sa tendance de long-terme malgré la mise à disposition d’un vaccin contre la Covid-19, ce qui contiendra les pressions inflationnistes. Par ailleurs, la Fed pourrait adopter une politique de contrôle des taux pour éviter une normalisation liée à l’amélioration des fondamentaux économiques. Par conséquent, la majorité des analystes anticipent un taux 10 ans américain à seulement 1% l’an prochain. Cet environnement économique et financier freine néanmoins l’optimisme des investisseurs sur l’or. A court terme, un rebond n’est pas attendu. A moyen terme, l’once d’or devrait approcher les 2100 dollars en raison de taux réels négatifs dans les économies développées, de la dépréciation attendue du dollar et d’une volatilité du PIB plus importante. Car oui, si la stabilité financière et le risque de liquidité sont désormais sous le contrôle des banques centrales, la stabilité économique restera le plus grand défi des prochaines années, et la principale source d’inquiétude au-delà de 2021. *Synthèse trimestrielle de l’Isag**, préparée par le chef économiste de Landolt & Cie et vice-président de l’Isag **Fondée en 2009, l’Investment Strategists Association of Geneva (ISAG) regroupe les CIO et économistes en chef-fes d’une vingtaine d’établissements financiers basés en Suisse romande et publie chaque trimestre une synthèse de leurs vues d’investissement. 

Arthur Jurus

Landolt & Cie Chef économiste