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WEF: la transformation de l’emploi est arrivée plus vite que prévu avec la pandémie

Le Forum économique mondial voit l’avenir de l’emploi dans les entreprises qui requalifieront leurs collaborateurs vers les professions émergentes (économie des soins, quatrième révolution industrielle, création de contenu et informatique en nuage), dans une enquête publiée ce mercredi.

Alors que le monde fait face à une crise économique majeure provoquée par la pandémie, la perspective de création de 97 millions d’emplois «de demain» d’ici 2025 apparaît comme une bouée de sauvetage. Les 85 millions de postes qui seront perturbés («disrupted») en parallèle alimentent cependant l’inquiétude sur l’avenir de l’emploi dans le monde, selon une enquête publiée par le Forum économique mondial (WEF) ce mercredi. Basée sur les projections des directeurs des ressources humaines ou de la stratégie de 300 sociétés mondiales (représentant huit millions de travailleurs), elle mesure les effets de l'automatisation sur le lieu de travail et les perspectives de la révolution robotique. D'ici 2025, la tendance à l'automatisation et une nouvelle répartition du travail entre les humains et les machines pourraient perturber 85 millions d'emplois dans le monde au sein des moyennes et grandes entreprises de 15 secteurs et 26 économies. Cinquante pour cent des employeurs prévoient ainsi d’accélérer l'automatisation de certains rôles dans leur entreprise, tels que la saisie de données, la comptabilité et le soutien administratif. A contrario, l'évolution de l'économie et des marchés de l'emploi fera émerger 97 millions de nouveaux postes dans l'économie des soins et dans les industries technologiques de la quatrième révolution industrielle. D’ici cinq ans, la pensée analytique, la créativité et la flexibilité figureront parmi les principales compétences requises avec les données et l'intelligence artificielle, la création de contenu et l'informatique en nuage en tête des professions émergentes. Mais contrairement à ce que le WEF observait les années précédentes, la création de postes est en train de ralentir tandis que la destruction d'emplois s'accélère. D’après le Forum économique mondial, les entreprises les plus compétitives seront celles qui choisiront de requalifier et de perfectionner les employés actuels. Il estime qu’il y a urgence dans la transition de compétences pour la main d’œuvre mondiale, avec une fenêtre d’opportunités pour ce changement qui va vite se refermer. En Suisse, les entreprises interrogées se situent au-dessus de la moyenne mondiale en matière d’accélération de l'automatisation ainsi que de numérisation. 73% d'entre elles accélèrent l'automatisation des tâches, nettement au-dessus de la moyenne mondiale de 50%. 91% renforcent la numérisation de leurs processus de travail, contre 84% au niveau global.

60% de travailleurs suisses dans l’incapacité d’être en télétravail

Le télétravail, l’un des piliers sur lequel repose la numérisation de nos économies va perdurer: 84 % des employeurs sont prêts à numériser rapidement leurs processus, y compris en développant de manière significative le télétravail. Ils affirment pouvoir faire travailler à distance 44 % de leurs effectifs. Si le futur de l’emploi passe notamment par le télétravail, une évolution que la pandémie a propulsé au centre de l’attention, il est surprenant de constater que dans les pays riches comme la Suisse (avec 80.000 dollars de PIB par habitant), seuls 40% de leur population active peuvent exercent leur profession en télétravail, selon un indice de la Banque mondiale, cité dans le rapport (voir graphique). La grande majorité de travailleurs est donc dans l’incapacité de télétravailler, soit parce qu’ils appartiennent à des métiers essentiels (professionnels de la santé, de l’agriculture et de la livraison), soit à des métiers «déplacés», selon le terme du rapport, c’est-à-dire durablement perturbés par la pandémie (restauration, hôtellerie, voyage, tourisme).

Elsa Floret