Trois petites entreprises qui se réinventent

Dans le contexte de la crise sanitaire, trois PME vaudoises ont lancé leur propre marque, créé une start-up ou choisi de diversifier leur modèle d'affaires. Panorama.

Sarah Deriaz
Alexandre Lavanchy, administrateur de la PME Engineered à Yverdon-les-Bains.

Engineered: de la sous-traitance à la création de marque 

Le pari dans lequel Engineered s’est lancé en pleine crise sanitaire mijotait depuis deux ans déjà. Mais l’annulation de commandes de ses clients et la disponibilité de ses huit employés ont été les déclencheurs du lancement de sa propre marque, Wattson Audio, par ce sous-traitant en produits électroniques.  

La création de cette marque de produits high tech audio est née sous l’impulsion d’Alexandre Lavanchy, administrateur d’Engineered, créé en 2004 à Yverdon-les-Bains. «Nous avons démarré les ventes fin juillet. Nous pouvions difficilement faire pire», analyse-t-il rétrospectivement. 

Si Engineered a eu besoin du prêt Covid (100.000 francs) pour combler sa trésorerie dans son activité principale de sous-traitance, la PME a peu bénéficié de RHT (15% sur la fin de l’année pour ses ouvriers). Ses ingénieurs n’ont en revanche pas chômé: après les phases de développement du matériel et des logiciels, ils se sont lancés dans la réalisation du site internet de la nouvelle marque. Le développement de Wattson Audio, entièrement financé sur les réserves de l’entreprise, permet d’envisager 2021 plus sereinement. Alexandre Lavanchy l’admet: «Sans ce lancement, nous aurions eu un recours massif aux mesures de RHT, avec un moral dans les chaussettes et une situation financière au plus bas.» In fine, 2020 s’achève dans un contexte positif pour Engineered, avec une équipe soudée, des débouchés en Asie et une hausse de 10% de revenus de sa marque compensant partiellement la baisse de 25% de ses affaires dans la sous-traitance (1,2 million en 2019).  

Dylan CollaudCédric Pahud, CEO et unique actionnaire de BCD microtechnique à Préverenges.

BCD microtechnique: de l’horlogerie à la medtech 

Face à la pénurie de matériel médical annoncée lors de la première vague, Cédric Pahud avait lancé en mars sa PME de dix personnes dans la course à la fabrication d’un respirateur pour les patients Covid. «Connaissant la capacité de mon outil de production, il m’était impossible de ne rien faire pour lutter contre la pandémie», se rappelle le CEO et unique actionnaire de BCD microtechnique. Créée en 1979 à Morges, puis transférée vingt ans plus tard à Préverenges, sa société fabrique des équipements de mesure et de contrôle pour l’industrie (50%), l’horlogerie (40%) et le médical (10%). 

Après huit semaines de développement, des nuits blanches et 500 heures supplémentaires pour certains collaborateurs de BCD, 160 respirateurs Covidair étaient prêts. Ils ne trouveront pas preneurs. Et Cédric Pahud de reconnaître: «En Suisse, il n’y a jamais eu de pénurie de respirateurs. A l’étranger j’ai refusé de céder à la corruption pour vendre mes machines.» Si le revirement opportuniste dans la medtech de BCD microtechnique a échoué, le projet Covidair continue avec Ormeda. Cette nouvelle start-up créée par Cédric Pahud vise le secteur médical. L’ingénieur aurait besoin de quatre millions pour financer le développement sur deux ans d’un nouveau respirateur. Il envisage de faire appel à des investisseurs. 

Alors que BCD allait clôturer l’année sur une perte de 100.000 francs, coup de théâtre: ses clients horlogers viennent de confirmer des achats de machines et des nouveaux développements, pour un montant d’un demi-million de francs, soit 25% de ses ventes annuelles.  

Hervé Cottard, CEO et cofondateur d’Almatech à Innovation Park, EPFL.

Almatech : du spatial au naval durable 

Mettez ensemble des entrepreneurs passionnés de maritime, une envie de protéger l’environnement, des compétences en gestion d’énergie et en structure légère pour les satellites. Secouez. Vous obtenez le prototype d’un bateau à foils propulsé à l’hydrogène. Nom de code ZESST pour Zero Emission Speed Shuttle. 

Ce projet d’une navette maritime de 100 passagers émane d’Almatech. Installée à l’EPFL Innovation Park depuis sa création en 2009, la PME réalise six millions de chiffre d’affaires avec 27 employés impliqués dans des projets à long terme pour l’agence spatiale européenne (ESA). Ce fut le cas en 2016 notamment avec la livraison de la structure de CHEOPS, le premier télescope satellite suisse.  

Hervé Cottard observe que le spatial institutionnel est peu touché par la crise sanitaire, mais il affiche sa volonté de changer de modèle d’affaires. «Nous avons commencé par faire du naval dès notre fondation en 2009, mais le spatial a permis le succès commercial d’Almatech, indique le CEO et cofondateur d’Almatech. Depuis quelques années, nous voulons réinvestir le naval en complément du spatial et à terme nous recherchons la parité entre nos deux domaines de prédilection. Le frein sur le spatial avec la fabrication retardée et l’interdiction de voyager en raison du virus, nous a permis d’accélérer le développement technique du bateau et de compléter notre étude de marché.» 

La recherche d’investisseurs a été retardée d’un an par la crise sanitaire. Quinze millions de francs sont nécessaires pour la première navette prévue pour une mise à l’eau en 2024.  

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Elsa Floret