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Singapour distribue des masques suisses à sa population

L’entreprise zougoise Livinguard a signé un contrat avec la fondation du fonds souverain de l’Etat de Singapour, Temasek. Plus de 500.000 masques en tissu antiviral y ont déjà été livrés. D’autres suivront.

Au premier temps de la pandémie, Singapour s’est affichée en modèle de la lutte contre le Covid-19. Elle a subit un revers, dès avril, notamment parmi sa population de milliers de travailleurs migrants. (Keystone)
Dans les rues de Singapour, la distribution a commencé. Un premier lot de 500.000 masques qui piègent et désintègrent le virus a été livré à la cité-Etat de 5,6 millions d’habitants il y a quelques jours. Ces masques sont suisses, de Zoug exactement où la société Livinguard à l’origine d’une technologie auto-désinfectante est domiciliée depuis 2014. «D’ici un an, il est possible que chaque Singapourien ait le sien», espère Ankit Mital, l’un des directeurs de l’entreprise, responsable de la région Asie-Pacifique. La nouvelle a été annoncée mercredi par Ho Ching, la CEO de Temasek, le fonds souverain d’investissement public de Singapour. Sur Facebook, celle qui est aussi l’épouse du premier ministre Lee Hsien Loong s’est réjouie que le masque aux propriétés antivirales ait une durée de vie de six à sept mois, à raison d’un lavage par semaine. «A mesure que nous redémarrons notre économie, nous implanterons diverses mesures de test et de protection pour nous assurer de pouvoir repérer tous les cas de Covid-19 qui émergent dans notre communauté (…). Nous sommes à l’aube d’une meilleure situation avec de nouvelles capacités», a-t-elle écrit. Livinguard n’est pas la seule société suisse à se positionner sur le créneau des masques auto-désinfectant. La firme zurichoise HeiQ commercialise une solution dopée par un micro-composites d’argent. La start-up vaudoise Swoxid veut, quant à elle, vendre un masque doté d’un aérogel qui stérilise par exposition à une lumière ultraviolette.

Population fragile en priorité

Singapour s’est d’abord affichée en modèle de la lutte contre la pandémie. Elle a ainsi été l’une des premières nations à instaurer des distributions gratuites et régulières de masques à ses habitants. Cependant, en avril, elle a subi de plein fouet l’arrivée d’une deuxième vague, tout particulièrement dans les dortoirs de ses travailleurs migrants. Cette population d’un peu plus de 300.000 ouvriers à bas salaire, principalement active dans la construction, a été la première à bénéficier des accessoires suisses. D’autres suivront, «mais je n’en connais pas l’agenda», indique Ankit Mital. Il assure que la quantité devrait être suffisante pour répondre aux besoins. Le montant du contrat n’a pas été dévoilé mais, c’est certain, c’est l’un des plus grands partenariats jamais signés par Livinguard. «Le début des discussions avec la fondation de Temasek remonte à avril. Nous avons été capables de délivrer des preuves scientifiques de l’efficacité de notre invention et de sa non-dangerosité pour l’être humain», explique celui qui a créé la filiale singapourienne de Livinguard en mars. «Aujourd’hui, ils sont dix sur place et nous recrutons encore», ajoute le responsable, également à la tête des filiales indienne et japonaise.

Durable et versatile

Fondée en 2011, Livinguard emploie près d’une centaine collaborateurs à travers le monde. Ses masques sont confectionnés dans douze pays tels que le Portugal, la Jordanie, la Nouvelle-Zélande ou l’Inde. Pour les consommateurs suisses, ils sont disponibles en ligne, au prix de 25 francs environ. La société ne communique pas son chiffre d’affaires. Sans danger pour la peau et les poumons, la propriété auto-désinfectante du revêtement catatonique du tissu en coton en fait un produit durable, et non plus un consommable. «Alors que près de 200 milliards de masques et de gants partent à la poubelle chaque mois», commente Ankit Mital. Le procédé breveté a été validé par des chercheurs de l’Université d’Arizona et de l’Université libre de Berlin. Utilisée dans des masques, cette technologie auto-désinfectante est aussi employée dans des systèmes de climatisation ou pour des serviettes hygiéniques réutilisables. Des discussions sont en cours pour une application à des sièges d’avion. >> Lire aussi: Notre dossier coronavirus

Sophie Marenne

L'Agefi Journaliste