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Nouria Hernandez rapprochera le Biopôle des hautes écoles

Rectrice de l’Unil jusqu’à l’été prochain, la biologiste Nouria Hernandez a été choisie pour présider le Biopôle, le hub lausannois de plus de 95 entreprises dans les sciences de la vie.

Nouria Hernandez est devenue présidente du Biopôle d’Epalinges le 1er octobre. Elle succède à Konstantinos Efthymiopoulos et présente un profil bien plus académique que son prédécesseur qui, lui, est issu de l'industrie pharmaceutique et biomédicale.(keystone)
«Ce n’était pas vraiment dans mon plan de carrière», plaisante Nouria Hernandez. Cette professeure de biologie moléculaire, âgée de 63 ans, a été la première femme à occuper le poste de rectrice de l’Université de Lausanne (Unil). Elle est devenue présidente du Biopôle d’Epalinges le 1er octobre. Doctorante de l’université d’Heidelberg, en Allemagne, et post-doctorante de celle de Yale, elle a mené la plus grande partie de sa carrière de chercheuse aux Etats-Unis à la Watson School of Biological Sciences de Cold Spring Harbor. Revenue en Suisse en 2005, elle a intégré le Centre intégratif de génomique de l’Unil. «Cette opportunité m’a fait énormément plaisir puisque je suis née et j’ai grandi à Genève, pas très loin d’ici», raconte-t-elle. Nouria Hernandez y a occupé la fonction de professeure, puis de directrice pendant près de dix ans, avant de devenir rectrice de l’établissement en 2016. Une fonction pour laquelle la spécialiste des gènes n’a pas souhaité se représenter, l’âge de la retraite obligatoire à l’Unil étant fixé à 65 ans. Son mandat se terminera donc officiellement cet été.

Pas de changement de cap

Avec un profil plutôt académique aux commandes, le Biopôle ne changera pas de cap mais s’orientera tout de même davantage vers ce milieu. «Les contacts existent déjà et j’espère les intensifier, non pas du point de vue du développement scientifique mais plutôt au niveau des talents. Le Biopôle a besoin de profils compétents. Et pas seulement en biochimie ou en médecine mais aussi dans le domaine commercial ou de gestion», assure la nouvelle présidente. Elle rêve de rendre les entreprises installées sur des hauts de Lausanne plus conscientes de la chance que représente leur proximité avec les établissements académiques vaudois.
Nouria Hernandez amènera également dans ses cartons deux de ses grands combats: la durabilité et l’égalité des chances. En ce qui concerne l’égalité, elle est sensible au problème de carrière duale dans un couple, «car il est encore traditionnel que la femme suive son mari.» Si elle ne voit pas de solution idéale à ce phénomène, elle veut «tenter d’offrir un écosystème aussi grand que possible, de façon à ce que chacun parvienne à trouver le poste qui lui convienne». Sur le point de la durabilité, elle met en avant une conscientisation pragmatique des compagnies, à conjuguer avec leur «esprit d’entreprendre».

Avant tout une communauté

La biologiste a peu de connaissances entrepreneuriales. «J’ai toujours travaillé dans un milieu strictement académique. Je n’ai jamais fondé de start-up. Mais j’ai côtoyé nombre de scientifiques qui l’ont fait et ça m’a toujours intéressée», explique-t-elle. Au contraire de son prédécesseur, Konstantinos Efthymiopoulos, qui a mené une carrière industrielle de 30 ans entre l’Italie, la Grande-Bretagne et la Suisse. «Je ne me fais aucune inquiétude: Nouria Hernandez représente un excellent choix», commente cet expert en pharmacie, medtech et biotechnologie. Il la connaît bien vu qu’ils siègent tous deux au conseil d’administration du vaste campus entrepreneurial et industriel depuis quatre ans. «Parmi mes tâches de rectrices, je fais certaines avec plaisir et d’autres avec moins. Y siéger en est une que j’ai toujours appréciée, tellement ce groupe fonctionne bien», indique sa remplaçante.   Actuellement à la tête de la société de conseil Plus Life Sciences Consulting, Konstantinos Efthymiopoulos laisse son siège pour des raisons personnelles. «Mon accession à ce poste était motivée par le potentiel que je voyais dans ce projet. Après ces années, je vous confirme qu’il s’est concrétisé et grandira encore. Pas seulement au niveau des bâtiments mais au regard de la communauté de 1700 personnes qui a été bâtie ici, de la renommée que nous avons acquise et de ses finances saines», décrit-il. Même son de cloche pour Nouria Hernandez qui juge que ce campus - qui a atteint les 54.000 m2 de surface depuis la livraison du bâtiment Serine lundi - s’est développé de façon spectaculaire. «Ma tâche sera aisée puisqu’il me suffira de poursuivre dans l’orientation actuelle.» Il reste des défis à relever pour ce projet lancé en 2004 par les pouvoirs publics du canton de Vaud: promouvoir internationalement l'attractivité de la région dans les sciences de la vie et «vu que nous accueillons plus de 95 entreprises de ce secteur, il faut s’attendre à voir des sociétés partir. Nous devrons les remplacer pour entretenir ce biotope exceptionnel», ajoute-t-elle. A l’heure actuelle, le Biopôle est plutôt confronté au problème inverse: ne pas avoir assez d’espace pour satisfaire tout le monde.

Sophie Marenne

L'Agefi Journaliste