Les travailleurs indépendants craignent pour leur survie post-Covid

Une étude révèle que la deuxième vague a péjoré la situation financière et mentale des entrepreneurs, suivis ces six derniers mois par les chercheurs du Centre Enterprise for Society de l’UNIL, l’IMD et l’EPFL.

Keystone
Dans l'hôtellerie-restauration, les revenus des ménages sont en net recul (69%).

Que s’est-il passé entre les deux confinements pour les indépendants et chefs d’entreprises suisses consultés par l’institut KOF et l’Université de Lausanne? Leur situation, tant sur le plan financier que mental, s’est aggravée et leur insatisfaction envers les mesures prises par la Confédération a grandi. 

L’enquête menée auprès d’un échantillon de 1011 personnes en avril et 779 en octobre par ces chercheurs, dans le cadre du Enterprise for Society (E4S) Center, a révélé que la moitié des travailleurs indépendants et des chefs d’entreprises en Suisse a subi un recul de son chiffre d’affaires. Pour un tiers de l’échantillon, dont le patrimoine privé est inférieur à 50.000 francs, cette baisse impacte des réserves financières déjà faibles. L’industrie de l’accueil connaît la plus forte baisse (-31%), suivie par l’éducation (-25%) et la santé (-18%). Globalement, leur situation économique s’est largement péjorée depuis le début de la crise: 18% des personnes interrogées craignent pour leur existence économique (ils étaient 8 % avant la crise et 17 % en avril). Cette peur est particulièrement prononcée au sein des institutions artistiques et culturelles, des secteurs du commerce de détail et de l'hôtellerie-restauration. Dans ce dernier, les revenus des ménages sont également en net recul (69%), contre 40% en moyenne dans l’échantillon. 

Dans un scénario de normalisation d'ici l'été 2021, la probabilité de survie a fortement diminué parmi les personnes interrogées et elle varie aussi beaucoup selon les secteurs: elle est plus faible dans l'industrie hôtelière (66%) que dans le secteur informatique (88%). 

En lien avec cette précarité, les entrepreneurs manifestent leur insatisfaction envers le Conseil fédéral. Ils estiment que les mesures Covid prises en avril, puis en octobre ne sont pas à la hauteur de leurs difficultés. Ce rejet bondit de 24% à 59% dans les secteurs particulièrement touchés de l'hôtellerie et de la restauration. Seuls les domaines de la santé et de la construction voient leur satisfaction augmentée. Ce niveau de mécontentement intervient alors qu’une majorité de personnes interrogées, tous secteurs confondus, a eu recours à au moins une des trois mesures Covid du Conseil fédéral (le chômage partiel, les allocations pour pertes de gain et les prêts Covid) et la moitié a renoncé à des investissements ou réduit son personnel.

Quant à la situation personnelle des travailleurs indépendants et des chefs d'entreprise, elle ne s'est pas améliorée entre avril et octobre: 22% disent souffrir d'humeurs dépressives (21% en avril, contre 8% en mars) et 36% déclarent ressentir des signes d'épuisement.

 

 

 

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Elsa Floret