Les grands banquiers privés créent une association dédiée à la blockchain 

Lombard Odier, Pictet, Mirabaud mais encore Hyposwiss ou Sygnum lancent la "Blockchain association for finance". Son premier rôle vise à sécuriser les échanges entre les banques et les gérants indépendants.

Keystone
«L’objectif de la BAF est la sécurisation des échanges de documents de compliance», explique Vincent Pignon, CEO du groupe Wecan.
Après un an de travail, la Blockchain Association for Finance – ou BAF – voit le jour. Derrière cet acronyme se déploient les grands noms de la banque privée suisse, dont Edmond de Rothschild, Lombard Odier ou encore Pictet. Se mettront-ils pour autant à distribuer des crypto-assets, comme des bitcoins, du jour au lendemain? Loin de là. L’attention de cette association, dont la naissance est annoncée ce mardi, porte sur la conformité, soit le respect des normes juridiques. «L’objectif de...

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Après un an de travail, la Blockchain Association for Finance – ou BAF – voit le jour. Derrière cet acronyme se déploient les grands noms de la banque privée suisse, dont Edmond de Rothschild, Lombard Odier ou encore Pictet. Se mettront-ils pour autant à distribuer des crypto-assets, comme des bitcoins, du jour au lendemain? Loin de là. L’attention de cette association, dont la naissance est annoncée ce mardi, porte sur la conformité, soit le respect des normes juridiques. 

«L’objectif de la BAF est la sécurisation des échanges de documents de compliance, entre les banques et les gérants de fortunes indépendants. Ces acteurs financiers ont créé un nouveau standard pour faciliter les contrôles et éviter les failles», explique Vincent Pignon, CEO du groupe genevois Wecan. La fintech d’une vingtaine d’employés, spécialiste de solutions blockchain, est à l'origine de l’initiative. Les dix banques membres de la BAF utilisaient déjà l’infrastructure blockchain Wecan Comply: la solution de Wecan qui facilite la gestion de la conformité, surtout depuis l’entrée en vigueur des lois LSFin et LEFin en 2020. La mission de l’association est de maintenir cette infrastructure et de la faire évoluer.

Bientôt d’autres membres zurichois 

«Pour construire ce modèle, il nous a fallu rassembler des acteurs qui n’ont pas l’habitude de collaborer, au contraire. C’était la difficulté de l’exercice mais ce sera le ciment qui garantira la durabilité du projet», commente Vincent Pignon. La liste des membres comprend Edmond de Rothschild, Lombard Odier, Pictet, les groupes Reyl et Mirabaud mais aussi Hyposwiss, Gonet & Cie, Cramer, la branche suisse de la BIL ainsi que les gestionnaires de fortune Pleion, Capitalium Advisors, Bedrock et la filiale de Julius Baer Fransard, ou encore la plateforme de networking Alliance of Swiss Wealth Managers. Et la crypto-banque zurichoise Sygnum. Genève y est présente en force, pourtant le siège sera situé à Zurich. «Ce choix illustre la volonté d’inscrire la BAF comme un portail suisse et non genevois ou romand. De plus, des banques zurichoises rejoindront la structure dans les prochaines semaines», justifie celui qui pilote aussi le cursus en stratégie blockchain de l’école CREA. 

Avec autant de poids lourds de la banque privée dans ses rangs, la BAF se profilera-t-elle comme un lobby auprès de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (Finma)? «Cela n’a jamais été au cœur des discussions», répond Vincent Pignon. L’écosystème d’échanges de la BAF comprendra les prestataires de services financiers mais aussi les auditeurs et les autorités de contrôle. La présidence est assurée par l’avocate Stéphanie Hodara, également vice-présidente de l’Organisme de surveillance des instituts financiers (OSIF). 

La blockchain se généralise 

«Si ces banques s’organisent sous forme d’association pour bâtir des synergies, tant mieux», commente Alexis Roussel, président et cofondateur l’entreprise neuchâteloise de trading de cryptomonnaies Bity. Ce pionnier est convaincu que «toute initiative en ce sens est bonne à prendre – surtout avec de telles têtes d’affiches – car il reste beaucoup à construire pour répondre à la révolution de la blockchain et des cryptomonnaies.» 

Il reste beaucoup à construire pour répondre à la révolution de la blockchain
Alexis Roussel, président et cofondateur de Bity

«Cette initiative est excellente pour la visibilité de la branche», salue Jérôme Bailly, co-président du chapitre romand de la Crypto Valley Association, l’organisation faîtière du secteur fondée en 2017 à Zoug. Celui qui est aussi responsable du développement business chez AdNovum applaudit le groupe Wecan pour avoir réuni des acteurs financiers prudents sur leur image quant à la blockchain: «A l’exception de la crypto-banque Sygnum, bien entendu, je pense qu’aucun n’a d’ailleurs déjà fait le virage vers les actifs numériques.» 

Outre la gouvernance de Wecan Comply, la BAF compte assurer une veille règlementaire, vulgariser la technologie blockchain, lutter contre la fraude et renforcer la place financière suisse. «Le nom de l’association est assez éloquent, les membres traiteront, à terme, d’autres questions liées à la blockchain», indique encore Vincent Pignon. L’association se finance grâce à des cotisations annuelles des membres banques, dépendant de leur taille. Les détails de son budget n’ont pas été dévoilés.

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Sophie Marenne