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A Genève, le secteur médical demande à l’Etat de revoir l’efficience du système de santé

Les cliniques et médecins du canton de Genève continuent leur initiative d’Etats généraux de la santé et invitent l'Etat à revoir le système de soins. L'objectif est de réduire les coûts.

Pour mémoire, les Etats généraux de la santé réunissent en une journée des acteurs de la santé, du monde politique, associatif, et des consultants. Le deuxième évènement a eu lieu le 27 septembre dernier à la FER à Genève
On prend les mêmes et on recommence. Un an après les premiers «Etats généraux de la santé» (EGS), les acteurs clés du secteur ont présenté mardi à la presse de nouvelles solutions pour améliorer l’organisation du système de soins tout en maîtrisant les coûts de la santé à Genève. En tête d’affiche, Bertrand Levrat directeur des HUG, Gilles Rufenacht, président de l’association Genève-Cliniques et Nicolas Froelicher, directeur de l’Hôpital de La Tour. Pour mémoire, les EGS réunissent en une ...

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On prend les mêmes et on recommence. Un an après les premiers «Etats généraux de la santé» (EGS), les acteurs clés du secteur ont présenté mardi à la presse de nouvelles solutions pour améliorer l’organisation du système de soins tout en maîtrisant les coûts de la santé à Genève. En tête d’affiche, Bertrand Levrat directeur des HUG, Gilles Rufenacht, président de l’association Genève-Cliniques et Nicolas Froelicher, directeur de l’Hôpital de La Tour. Pour mémoire, les EGS réunissent en une journée des acteurs de la santé, du monde politique, associatif, et des consultants. Le deuxième évènement a eu lieu le 27 septembre dernier à la FER à Genève. L’idée est de rendre un dossier au conseiller d’Etat Mauro Poggia, en charge du département de la sécurité, de l’emploi et de la santé, à Genève, pour justement qu’à terme, certaines de ces mesures ou propositions émises lors des EGS soient adoptées.

Le patient devient acteur de sa prise en charge

Le comité des EGS s’est tout d’abord focalisé sur l’aspect de l’innovation et des technologies. L’idée est de comprendre leur place dans le système de santé et leur rôle dans l’évolution des coûts de la santé, avec un regard différencié sur l’analyse coûts/bénéfices. «Les innovations et les technologies ont permis des avancées spectaculaires en médecine, comme d’ailleurs dans beaucoup d’autres domaines, commente Gilles Rufenacht, directeur également des cliniques La Colline et des Grangettes du groupe Hirslanden. Il est aussi indéniable que ces avancées ont contribué à l’augmentation des coûts de la santé comme y ont contribué le vieillissement de la population et la consommation médicale. La question doit toutefois être posée sur la valeur ajoutée d’une innovation ou d’une nouvelle technologie et si elle contribue effectivement à une meilleure qualité du système de santé.» En d’autres termes, la valeur d’une nouvelle technologie ne se justifie uniquement que si le résultat médical est en adéquation avec son coût. Des facteurs comme l’augmentation de la consommation médicale, ou le virage du stationnaire vers l’ambulatoire ne sont pas soutenables à longue terme. «Ces facteurs nous incitent à repenser l’efficience de notre système de santé à l’heure de la chirurgie digitale.» Comment? «La chirurgie digitale intègre un ensemble de technologies en préopératoire, comme diverses applications (apps) de monitoring et de planification, en intra-opératoire, comme la robotique et la navigation assistée ainsi que le post-opératoire, comme l’éducation digitale et autres app sur smartphone. L’élément clé d’une telle démarche est que le patient devient acteur de sa prise en charge, qu’il ne reste pas passif et qu’il ait à sa disposition les outils adéquats et dûment certifiés.» À quoi devons-nous nous attendre? Ces multiples applications (apps) permettent de réaliser des économies en termes de durées moyennes de séjour ou de taux de réadmission. Il est en même temps important d’insister sur la sécurisation des données.  «La prise en charge «digitale» du patient requiert une attention particulière sur la confidentialité des données et le respect de la sphère privée du patient. L’Etat a son rôle à jouer pour assurer un cadre légal et mettre une plateforme de partage d’informations sécurisées à disposition des patients et des prestataires.» Enfin, le comité des EGS a encouragé la promotion d’initiatives dans le domaine de la médecine numérique, qui plus est dans la Health Valley qui intègre l’ensemble des acteurs capables de soutenir l’innovation.

Protéger le personnel soignant

L’autre grand atelier de ces EGS était dédié au personnel soignant. Ainsi, d’après les experts du secteur, de nombreuses personnes qui travaillent dans le domaine médical - médecins, soignants, professionnels de la santé, toutes activités confondues - disent vivre une forme de malaise professionnel. Une partie de ce malaise apparaît lié à une tension entre les idéaux et aspirations qui les motivent à pratiquer leur profession et la réalité de leur quotidien. «La pénibilité du métier de soignant est peu connue ou reconnue et elle s’accompagne d’une charge psychologique important pour le personnel soignant, confie Bertrand Levrat, directeur des HUG. Ses conséquences peuvent être graves. Ainsi, par rapport à la population générale, le personnel soignant présente un risque plus élevé de commettre un suicide. Exprimant aussi une souffrance, les taux d’absence dans les institutions soignantes sont élevés.» Alors, le comité s’est naturellement penché sur la nécessité d’un meilleur encadrement, une meilleure reconnaissance et une valorisation de la fonction du soignant pour lutter contre des situations de mal-être ou de burn-out. «Les professionnels de santé étant souvent seuls face à leurs difficultés, il est important de lutter contre l’esseulement ou le cloisonnement, que ce soit pour le médecin de famille ou le personnel en institution. Ouvrir le réseau et permettre aux professionnels d’aller cherche du soutien hors de leur cadre institutionnel apparaît comme une nécessité, continue Bertrand Levrat. Le cadre de proximité a un rôle important à jouer pour détecter ces solutions précoces de mal-être mais aussi pour proposer des perspectives d’avenir aux collaborateurs. Cela passe par une meilleure formation initiale qui permette de poser le cadre et les enjeux du métier de personnel soignant.» En soi, l’idée est d’améliorer la reconnaissance des acquis et développer la mobilité entre filière, voir la création de nouveaux métiers permettant de donner un nouveau sens positif à l’engagement personnel.

Un meilleur accompagnement pour les personnes handicapées et une prévention accrue pour les soins dentaires

Le comité des EGS s’est aussi concentré sur l’accès au soin des personnes en situation de handicap. «La complexité de l’accompagnement de ces patients et de leur entourage génère épuisement et souffrances et des surcoûts pour toute la collectivité, notamment les finances publiques et l’assurance maladie, qui pourraient être réduits», annonce d’emblée Pierre Conne, député du Grand Conseil de Genève et membre du comité des EGS. Pour ce faire, les experts se sont concentrés sur l’un des principaux déterminants socio-économiques : la formation, fort prédicteur de la santé. «Les personnes ayant une moins bonne formation scolaire vivent moins longtemps et passent plus d’années de leur vie avec une maladie que celles disposant d’une formation plus élevée. Fort de ces constats factuels, nous avons choisi la formation comme un thème prioritaire, abordée sous plusieurs aspects, dans une perspective inclusive. En effet, c’est en élevant le niveau d’instruction et de formation, non seulement des personnes en situation de handicap et de leurs proches mais aussi des professionnels des domaines de la santé, du social et de la formation, que nous donnerons toutes les possibilités aux personnes concernées et à leurs proches d’acquérir davantage de compétences pour gagner en autonomie et autodétermination.» La santé buccale, souvent oubliée Enfin, dernier domaine sur lequel les experts ont travaillé, celui des soins dentaires. Les participants ont travaillé avec en tête deux objectifs liés, à savoir la qualité des soins : comment parvenir à améliorer la prévention en santé dentaire et les coûts de la santé, encore très importants en santé dentaire. Dans les propositions émises, on retient la volonté d’améliorer et d’investir dans la prévention en médecine dentaire et la prise en charge des enfants, en incluant les 0-4 ans. D’améliorer le brossage en milieux scolaires. «Répéter les messages de prévention n’est pas un luxe, mais un investissement pour une meilleure santé buccale et une baisse des coûts en raison des prises en charge répétées des patients, qui pourraient être évitées avec une meilleure prévention efficace et ciblée», a résumé Delphine Bachmann, députée au Grand Conseil de Genève.

Matteo Ianni

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