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Raoul Weil est un héros national

Raoul Weil n’est sans doute ni un ange ni un enfant de cœur, mais son acquittement très catégorique par un jury populaire aux Etats-Unis en fait une sorte de héros national en Suisse. Il a eu le courage remarquable de plaider non coupable, risquant de subir cinq ans de réclusion (ce que pas mal de monde lui prédisait). Dans des circonstances plus ou moins comparables, des banques et dirigeants bancaires ont cherché ces dernières années à négocier avec la justice américaine, impliquant dans ce...

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Raoul Weil n’est sans doute ni un ange ni un enfant de cœur, mais son acquittement très catégorique par un jury populaire aux Etats-Unis en fait une sorte de héros national en Suisse. Il a eu le courage remarquable de plaider non coupable, risquant de subir cinq ans de réclusion (ce que pas mal de monde lui prédisait).

Dans des circonstances plus ou moins comparables, des banques et dirigeants bancaires ont cherché ces dernières années à négocier avec la justice américaine, impliquant dans certains cas clients et employés, transgressant le secret bancaire qu’ils avaient longtemps fait valoir. Ne soyons pas trop sévère non plus: les circonstances requièrent parfois ce genre de douloureuse lâcheté, surtout lorsque des clients, des activités, des affaires, des emplois sont en jeu. Les décisions de justice ne relèvent pas non plus dans tous les cas de jurés-citoyens empreints de bon sens, ne se sentant pas investis de missions salvatrices supérieures.

Par rapport à ce qui se passe en France actuellement avec UBS et HSBC, cet épisode vient rappeler quelque chose d’assez simple: des fraudeurs ont fait des dépôts clandestins en Suisse, c’est leur affaire. Les faits remontent à une époque où les visites de correspondants bancaires sur territoire français (ou américain) ne semblaient guère problématiques. En quoi le degré de conscience et d’organisation hiérarchique pouvait bien l’être? Il est trop facile de changer brusquement et rétroactivement le niveau de répression, sauf éventuellement à produire des preuves très solides sur des faits et intentions, plutôt que des témoignages forcément douteux.

Tout cela n’est pas très clair à priori, c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il existe une justice et de la jurisprudence. Mais ce n’est pas non plus indéfendable. C’est en quelque sorte ce qu’a voulu montrer Raoul Weil.

Chaque semaine, des représentants de fonds d’investissement interdits de commercialisation publique en Suisse viennent faire des présentations à Genève et Zurich. Viennent-ils vendre ces fonds en Suisse? Avec quel genre de complicité? Il s’agit certainement d’une situation limite, mais se mettre tout d’un coup à poursuivre celles et ceux qui s’y sont prêtés sur plusieurs années ressemblerait davantage à du piégeage qu’à de la justice.

Le cas Raoul Weil n’est peut-être pas un tournant dans le pénible et interminable règlement du passé des clients étrangers et irréguliers des banques suisses, mais il devrait redonner une partie de la confiance perdue.

François Schaller

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