Article éditorial

Le problème avec la finance durable

EDITORIAL. Chaque banque ou gestionnaire assure laver plus vert que ses concurrents. Hélas, les outils pour le vérifier font défaut.

En cinq ans, les investissements durables ont décuplé en Suisse. Ils dépassent désormais largement les 1000 milliards de francs. Bientôt la moitié des actifs gérés par les acteurs suisses de la finance le seront en suivant les principes de la durabilité environnementale, sociale et de gouvernance (ESG).

De quels principes s’agit-il exactement? Il est en réalité très difficile de le savoir. Chaque banque ou gestionnaire assure laver plus vert que ses concurrents. Hélas, les outils pour le vérifier font défaut. Il manque à la finance durable une «étiquette énergie» à la manière de cette fiche qui éclaire le choix des consommateurs.

En réalité, le problème est double: la définition d’un investissement durable tout comme la mesure de la durabilité des entreprises ne sont pas standardisées. De multiples initiatives ont été lancées par une série de pays ou d’associations professionnelles pour y remédier. Mardi, lors de sa réunion en ligne «Davos agenda», le WEF a aussi ajouté la sienne, avec le soutien de Credit Suisse, UBS ou encore l’assureur Zurich. Malgré tout, le flou et le manque de données continuent de régner.

Dès lors, tous les yeux sont tournés vers Bruxelles. En mars, l’Union européenne commencera à appliquer une réglementation qui vise précisément à apporter la transparence qui fait tant défaut, une première à une telle échelle. Berne suit cette initiative de près. Parce que les gestionnaires suisses de capitaux devront s’y conformer pour continuer de servir leurs clients européens. Et parce que la Suisse y ajustera sa propre réglementation.

Il ne s'agit pas seulement de prévenir le «greenwashing»

Avec sa masse critique, l’UE pourrait en effet faire jurisprudence. Mais à l’heure actuelle on peut redouter qu’elle accouche surtout d’un monstre bureaucratique à l’utilité limitée. Il en va pourtant bien plus que d’une question de marketing ou de prévention du «greenwashing». La finance fait partie de la solution pour lutter contre le réchauffement climatique. Il importe que les capitaux soient donc alloués de manière efficace.

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Frédéric Lelièvre