Communiqué

Résolution « azerbaïdjanaise » du Sénat français et risques pour l'Europe

David Aidelmann, analyste économique.

Le 15 novembre, le Sénat français a l’intention d’examiner une résolution présentée par cinq sénateurs issus des différents partis, qui demande à l’Union européenne d’imposer des sanctions économiques contre l’Azerbaïdjan - tout d’abord, on parle d’un embargo sur l’achat de gaz naturel et de pétrole, non seulement en France, mais dans toute l’Europe.

Comme vous le savez, ces derniers mois, les pays de l’UE ont fortement réduit leur dépendance vis-à-vis de l’approvisionnement énergétique russe - par exemple, les 26 et 22 octobre, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, lors d’une réunion de la Commission économique des Nations Unies à Buenos Aires, a dit (lien): “Les livraisons de gaz russe à l’Europe sont passées de 40% à 7%.” (page Twitter de Borrell (lien)).

Cela a été rendu possible notamment par le remplacement du gaz russe par des livraisons en provenance d’Azerbaïdjan conformément au plan REPowerEU (lien).

En outre, la France, en fait, n’achète qu’une petite quantité de pétrole à l’Azerbaïdjan, donc la résolution, en tout cas, est plutôt déclarative. Dans le même temps, les pays européens qui achètent des ressources énergétiques azerbaïdjanaises (à savoir l’Italie, la Croatie, la République tchèque, le Portugal, l’Espagne, l’Irlande, l’Allemagne, la Roumanie, la Grèce, l’Autriche, la Bulgarie), dans le cas hypothétique de l’imposition de telles sanctions, peuvent subir des dommages économiques et financiers considérables.

Il convient de souligner que l’expansion de l’approvisionnement en gaz azerbaïdjanais vers les marchés européens à la suite de l’accord conclu entre l’Azerbaïdjan et l’Union européenne (lien) est en grande partie due à la perte du gaz russe.

L’Azerbaïdjan s’est montré disposé à participer à la réparation de cette perte et, si un tel embargo était adopté, ses livraisons de gaz et de pétrole seraient au moins extrêmement difficiles à remplacer, voire impossibles à remplacer au plus fort de la saison de chauffage en Europe.

À la suite de l’adoption éventuelle de sanctions contre l’Azerbaïdjan, les pays bénéficiaires qui ont remplacé le gaz russe par du gaz azerbaïdjanais sur leurs marchés peuvent se trouver dans une situation où ils devront envisager de reprendre leurs livraisons en provenance de Russie, dans des conditions économiquement désavantageuses dictées par le Kremlin (lancement de la deuxième branche du gazoduc Nord Stream, retrait de Gazprom de l’influence de la charte énergétique européenne, etc.). Déjà, la France a exprimé sa volonté, en cas de besoin urgent, de partager son propre gaz avec l’Allemagne, mais une telle résolution visant à lutter contre le commerce avec l’Azerbaïdjan pourrait transformer cette nécessité hypothétique en une réalité – et, par conséquent, causer des pertes directes à la France elle-même.

Les sénateurs français qui ont présenté le projet de résolution affirment qu’ils feraient des “sacrifices” sur le plan économique, pour des raisons morales. Mélanger des facteurs politiques avec des facteurs économiques, sans raisons évidentes, est une démarche plutôt dénuée de sens et nuisible. Sans entrer dans les détails, il convient de noter que la France achète des ressources énergétiques en Algérie et au Nigeria. La situation des droits de l’homme y est bien pire (lien). À quoi sert ce double standard et qui sera le principal bénéficiaire de telles actions ?

Mais la question clé est la suivante : la chambre haute du parlement français peut-elle se permettre d’assumer la responsabilité d’éventuelles pertes économiques des États partenaires, de l’Europe dans son ensemble, ainsi que de la perte de son propre budget ? Après tout, même une résolution déclarative et non contraignante aura néanmoins un impact inévitable sur la sécurité énergétique de l’Europe et de la France, et pas pour le mieux.