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Vieillir en bonne santé dans une société japonaise super-vieillissante

CONNECTING TOMORROW. Donner du sens à sa vie et travailler, la recette du Japon pour bien vivre très longtemps. La chronique de Swissnex pour «L'Agefi». Par Misato Matsumoto et Felix Moesner

Keystone
Comparé à il y a 10 ans, les personnes âgées au Japon sont en meilleure santé et disposent d’une meilleure qualité de vie.

La chronique «Connecting tomorrow» est signée par Swissnex. A la demande de L'Agefi, le réseau chargé par la Confédération de nouer des liens à travers le monde dans les domaines de la formation, de la recherche et de l’innovation décrypte les développements sur différents marchés intéressants pour les entreprises suisses.

86.510 centenaires vivent actuellement au Japon, ce qui représente 0,06% de sa population ou encore 15% de tous les 573.000 centenaires vivant actuellement sur Terre, selon les chiffres des Nations Unies. Ces champions de la longévité saine mènent souvent des vies relativement indépendantes, même après cent ans et beaucoup ont une espérance de vie allant encore au-delà. Kane Tanaka, la femme la plus âgée du monde, vit au Japon et est âgée de plus de 119 ans. Tanaka-san est une super-centenaire, ce qui est extrêmement rare avec seulement 150 super-centenaires vivant au Japon. 

Dans la société super-vieillissante japonaise, le nombre de septuagénaires a atteint les 20% de sa population (en 2018) et la moyenne d’âge des agriculteurs a atteint les 67 ans. L’on doit cependant noter que la santé des seniors japonais va en s’améliorant. Comparé à il y a 10 ans, les personnes âgées au Japon sont en meilleure santé et disposent d’une meilleure qualité de vie due à une combinaison d’une meilleure compréhension du corps humain et d’un meilleur soutien médical associé à une technologie plus avancée.

Comment la santé des personnes âgées s’améliore-t-elle au Japon?

Les capacités cognitives des seniors au Japon semblent plus élevées que dans d’autres pays. Il existe un lien démontré entre les capacités athlétiques et des hautes compétences cognitives. Autour de 50% de ceux âgés de 70 ans et plus sont ou bien en emploi ou sont impliqués dans des activités de volontariat, de travail communautaire ou encore des hobbies et des occupations sportives. Un autre facteur important est d’avoir une attitude positive et de découvrir son «ikigai», donner un sens à son existence.

Technologie et vieillir en bonne santé au Japon

Nous sommes actuellement témoins de rapide développements pour faire aux défis sociaux d’une société super-vieillissante. Au milieu d’une pénurie toujours en augmentation de travailleurs hospitaliers au Japon, il est de plus en plus difficile pour les personnes âgées de se rendre dans les hôpitaux. Les consultations en ligne peuvent aider les deux côtés de la balance.

La startup health-tech japonaise YaDoc est sur la ligne de front pour établir une plateforme de communication entre les patients et les professionnels de la santé. Beaucoup de seniors et de personnes atteintes de maladies chroniques nécessitent des contrôles de santé réguliers, pour pouvoir détecter les cas graves à temps. Ce type de système pourrait être particulièrement bénéfique pour ceux vivant dans des zones rurales ou reculées.

Le cancer, qui est la principale cause de mort prématurée au Japon, pourrait lui être traité avec une nouvelle méthode prometteuse appelée photo-immunothérapie, développée par la Kansai Medical University. Le médicament pour la photo-immunothérapie est une substance réagissant à la lumière, attachée à une protéine (anticorps) qui se lie aux marqueurs (antigènes) qui se retrouvent souvent à la surface des cellules cancéreuses. Administré de manière intraveineuse, le médicament s’agglomère graduellement sur la tumeur, et au bout d’une journée environ, une grande partie est effectivement collées aux cellules cancéreuses. Lorsqu’un laser est projeté sur les cellules malades, elles réagissent au médicament et les cellules cancéreuses chargées en médicament, explosent, ce qui les tue. De l’autre côté, les cellules normales, sur lesquelles peu de médicament pour la photo-immunothérapie se sont attachés ne sont pas endommagées par la lumière du laser. En plus de cela, le médicament pour la photo-immunothérapie en lui-même n’endommage pas les cellules, et le laser ne blesse pas le corps humain. De cette manière, il n’y a pas d’effets secondaires en dehors de la zone traitée comme c’est parfois le cas avec d’autres médicaments anti-cancer.

Impact du changement climatique sur le vieillissement

Les risques vont en grandissant face au double défi du vieillissement et du changement climatique pour les futures générations. Une équipe de chercheurs à l’université de Berne montre l’importance de développer des stratégies d’adaptation plus ambitieuses ainsi que de promouvoir des politiques de santé publiques durables, au niveau national et local afin de limite l'impact sur la santé d’un climat qui se réchauffe. Et ainsi renforcer la résilience de la population.

De manière spécifique, l’étude estime que non seulement, durant les 50 dernières années, plus de 9% des morts en Suisse étaient causées par des températures extrêmes, mais aussi que le fardeau sur la santé lié au chaud et au froid est prévu pour aller en s’accentuant. Davantage encore, le premier cas de figure est prévu pour augmenter encore plus en raison du réchauffement climatique des prochaines décennies à venir mais également par une proportion de la population toujours plus vieillissante. C’est un résultat qui non content de résonner sur un axe Suisse-Japon mais qui montrera également son impact à une échelle planétaire.

Commentaires

Felix Moesner

Swissnex au Japon CEO et consul de Suisse

Misato Matsumoto

Consulat de Suisse à Osaka et Swissnex au Japon Junior Project Manager

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