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Une nouvelle dimension à la révolution industrielle 4.0

Des machines qui apprennent seules, et une relation à redéfinir avec les hommes, c'est la «cobotic». Par Xavier Comtesse

Keystone
La 4e révolution industrielle est connue pour être celle du «machine learning», de l’apprentissage automatique. Comment évoluera la relation avec les hommes sur les chaînes de production?

Pour connaître l’évolution des choses, il faut écouter les signaux faibles: ces petites informations ou petites phrases que vous pouvez glaner lors d’une discussion avec des experts de domaines pointus. C’est ainsi que l’autre jour chez Objectis, une entreprise informatique d’Yverdon spécialiste de la 4e révolution industrielle, je réfléchissais à l’avenir de l’usine avec l’un de ses fondateurs, Christopher Bouzas.

Cette PME, qui a aidé de nombreuses grandes marques horlogères, micromécaniques et médicales de Suisse romande  dans la transformation numérique de leurs outils de production, soulève maintenant la question d’une machine fonctionnant sans opérateur pendant quelques jours. Plus précisément: est-ce que le software pourrait corriger des imperfections de fabrication en intervenant pendant l’absence des opérateurs, notamment le week-end alors que l’intervention de ces derniers est impossible. En d’autres termes, est-ce que la machine pourrait se reprogrammer elle-même, toute seule? Ah, oui! Alors là, on change de dimension.

La donnée devient centrale. C’est elle qui informe et dicte le rythme.
Xavier Comtesse

En effet, la 4e révolution industrielle est connue pour être celle du «machine learning», de l’apprentissage automatique (avec ces capteurs IoT, son big data et ses algorithme auto-apprenante), mais c’est aussi celle de la machine intelligente.

Le saut est énorme. Une machine qui évoluerait seule et se corrigerait en détectant ses propres erreurs par des capteurs spécialisés, voilà qui nous amène dans une nouvelle dimension.

Si beaucoup de gens en parlent, l’entreprise Objectis a déjà plusieurs réalisations à son actif. Prévoir, anticiper, c’est notamment ce que l’on trouve dans la maintenance prédictive. Les nouveaux «savoir-faire» sont ceux du «savoir-prévoir». C’est comme pour conduire une voiture, il faut savoir prévoir/anticiper le comportement des autres.

En milieu industriel, le comportement des autres, ce sont d’abord les processus industriels «in house». Le comportement d’une chaîne de production est une chose complexe car il faut faire travailler des hommes et des machines ensemble. Les uns dépendent des autres. La conduite est en principe sous la responsabilité des humains mais dans une usine «intelligente» elle passe de plus en plus par le contrôle des données et donc les interfaces homme-machine prennent de l’importance.

La donnée devient centrale. C’est elle qui informe et dicte le rythme. Mais évidemment, comme l’évoquait Christopher Bouzas, on pourrait imaginer que par endroit la machine prenne de l’autonomie car elle peut traiter seule l’information (la donnée). Par exemple, c’est elle qui commanderait une maintenance préventive.

Le dialogue homme-machine de qualité doit s’installer.
Xavier Comtesse

Reste une question importante dans ce moment de bascule entre l’homme et la machine: comment vont-ils se parler à l’avenir? En d’autres termes, comment les HMI (human-machine interface) vont-ils évoluer? L’expérience utilisateur (UX) doit être très bien pensée.

Un ingénieur, un technicien ou un opérateur doit pouvoir communiquer et collaborer avec la machine. Le dialogue homme-machine de qualité doit s’installer pour créer les conditions optimales de l’usine de demain. On va vers un environnement de type «Cobotic», c’est-à-dire des machines autonomes – et non plus simplement automatiques – qui collaborent étroitement entre elles et avec l’homme. Un nouveau paradigme s’ouvre, de nouvelles compétences sont nécessaires.

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Xavier Comtesse

Mathématicien et membre du Think Tank CODE_IA