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Votations: trois fois oui mais...

Que retenir des dernières votations? Un certain nombre d’électeurs sont bien incapables de comprendre l’objet d’un vote sur un sujet trop émotionnel. Par Jacques Neirynck

Keystone
«Les votations n’ont pas pour but de contredire Berne mais de vérifier – s’il y a doute – que le pouvoir fédéral n’a pas négligé un avis minoritaire au législatif, qui se révélerait majoritaire dans le peuple.»

Le Conseil fédéral sort trois fois victorieux de la journée de votations. Désormais, tout le monde sera considéré comme donneur d'organes présumé en Suisse. Le peuple a accepté à 60,2% ce changement de paradigme. Frontex disposera à l'avenir d'un soutien renforcé de Berne. Quant aux plateformes de streaming, elles devront soutenir le cinéma suisse.

On ne peut que se réjouir du résultat de ces trois référendums repoussés par le peuple, qui confirme ainsi les propositions du Conseil fédéral et les décisions du parlement. C’est le fonctionnement idéal de la démocratie directe. Les votations n’ont pas pour but de contredire Berne mais de vérifier – s’il y a doute – que le pouvoir fédéral n’a pas négligé un avis minoritaire au législatif, qui se révélerait majoritaire dans le peuple. C’est un ultime scrupule, propre à la Suisse.

Un certain nombre d’électeurs sont bien incapables de comprendre l’objet d’un vote sur un sujet aussi émotionnel
Jacques Neirynck

Bien entendu les initiateurs des referendums restent sur leur faim. Mais ils devraient en bons démocrates se rallier à l’avis de la majorité et accepter la loi. Ce n’est pas toujours le cas. Par exemple pour le prélèvement des organes, il y a des protestations prétendant qu’on va prélever nos organes sans notre consentement et des accusations selon lesquelles nos politiciens nous auraient «vendus».

Ces personnes, bien que détentrices du droit de vote, n’ont rien compris à l’enjeu de la votation sur le prélèvement d’organes. Elles croient qu’on enlèvera des organes sur leurs cadavres sans qu’elles puissent s’y opposer. Or, la loi prévoit la possibilité à chacun de refuser le prélèvement avant le décès ou de confier cette mission à des proches. Il n’est pas question de retirer le droit à l’autodétermination.

Ensuite vient cette mise en cause des politiciens qui «nous ont vendus». C’est ignorer que cette décision vient d’être rendue par le peuple qui confirme la position des «politiciens». Ceux-ci n’ont aucun pouvoir de «vendre» les citoyens. Si la volonté du peuple insupporte ces personnes, elles avouent ne pas accepter la règle de la démocratie.

Un certain nombre d’électeurs sont bien incapables de comprendre l’objet d’un vote sur un sujet aussi émotionnel. On aura beau multiplier les sources d’information, ils n’entendent pas des exposés et des raisonnements qui dépassent manifestement leur entendement. Ils témoignent d’un déficit de formation civique, qui n’est pas leur faute mais celle de la famille et de l’école.

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Jacques Neirynck

Ancien Conseiller national