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Tristes tropiques

LIVRE: «La fabrique des pandémies: Préserver la biodiversité, un impératif pour la santé planétaire» de Marie-Monique Robin.

À propos de l’ouvrage «La fabrique des pandémies: Préserver la biodiversité, un impératif pour la santé planétaire» de Marie-Monique Robin (avec la collaboration de Serge Morand, préfacier), éditions La Découverte, coll. Cahiers Libre, 340 pages, 33 francs, ISBN 978-2-348-05387-7


Si nous voulons éviter de nous enfoncer dans une ère de confinement chronique, nous devons prendre soin de la biodiversité… Tel est le message de l’auteure de cet ouvrage documenté et pédagogique, s’appuyant comme toujours dans ses travaux sur des éléments scientifiques bien étayés.

Marie-Monique Robin a déjà menés plusieurs enquêtes notables confinées dans des ouvrages que des films prolongent, par exemple: «Le monde de Monsanto: de la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien», paru en 2008. Pour confectionner son récent opus, la journaliste a rencontré une soixantaine de scientifiques à travers le monde qui se rangent sous la bannière de l’écologie de la santé ou «Disease Ecology».

L’idée centrale qui traverse «La fabrique des pandémies» est que la mise à mal de nos écosystèmes a entrainé une émergence de zoonoses, c’est-à-dire de maladies qui se transmettent des animaux vertébrés sauvages aux humains.

L’auteure rappelle qu’au début des années 1980, la variole éradiquée, la croyance en la fin des épidémies s’imposait. L’OMS n’annonçait-elle pas que l’on allait dorénavant pouvoir concentrer tous les efforts de santé contre les seules maladies chroniques, dites aussi de civilisation, comme les cancers, les maladies cardio-vasculaires ou autres diabètes? C’était cependant sans compter sur l’émergence de nouveaux virus, Ebola et Sida, notamment, et plus tard: Sras, Nipa, le Zika, etc. etc. Retour en force des maladies infectieuses donc.

C’est ainsi que toute arrogance bue, il a bien fallu se résoudre à l’évidence: nos modes de vie mondialisée avec leur lot de destruction de la biodiversité ont certainement des effets sur l’émergence de nouveaux virus et leur circulation. Les écologistes de la santé rencontrés par M. M. Robin s’intéressent donc aux virus et s’efforcent de comprendre pourquoi, hébergés depuis toujours par un réservoir – une chauve-souris par exemple, ou un pangolin… –, ils se mettent à être dangereux à un moment donné. Selon eux, la première cause de ce phénomène renvoie à la destruction de la biodiversité. La thèse défendue, a priori contre-intuitive, est la suivante: la diversité protège la santé!

Le chapitre 4 du livre, qui s’intéresse particulièrement à la maladie de Lyme, permet notamment de comprendre en quoi la biodiversité «dilue» le risque infectieux. La souris à pattes blanches est en l’occurrence le «réservoir» qui va infecter les tics qui, à leur tour, vont infecter d’autres organismes, d’autres mammifères. Tant que ces organismes sont nombreux et divers, avec notamment des prédateurs, etc., on assistera à un «effet dilution» comme le nomme des scientifiques. Dans le cas contraire, l’homme devient une cible privilégiée.

Déforestation, élevages intensifs, urbanisation, globalisation sont autant de facteurs destructeurs de la biodiversité, montre l’auteure de cet ouvrage qui défend l’idée que l’on ne saurait avoir des êtres humains en bonne santé si on détruit les écosystèmes! Se faisant, les causes de l’émergence des pandémies étant pointées, nous y attaquerons-nous? Telle est la question.

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Alain Max Guénette

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