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Transition verte: où va le monde?

Une recherche menée avec l'université d'Oxford évalue la compétitivité des pays dans les secteurs clés de la transition écologique. La Suisse peut s'améliorer. Par Michael Urban

Keystone
"Nous notons que les coûts de l'éolien et du solaire ont baissé respectivement de 60% et 80% au cours des dix dernières années."

A mesure que les engagements pris en faveur de la transition vers une économie verte se matérialisent, les risques et les opportunités des Etats-Nations, des régions et des entreprises se transforment. Au niveau de l’économie réelle, ces transformations ont également des implications majeures pour les portefeuilles des investisseurs.

Covid-19: saisir les opportunités pour reconstruire plus vert

Dans notre recherche menée conjointement avec l’Université d’Oxford, nous avons étudié l’évolution de la compétitivité des pays dans des industries clés de la transition vers une économie verte. Nous avons également examiné dans quelle mesure les pays ont orienté leurs dépenses de relance Covid-19 pour reconstruire plus vert. En effet, les plans de sauvetage ont offert aux pays une opportunité unique d'investir dans les infrastructures à faibles émissions, d'améliorer leurs capacités technologiques et de soutenir leur main-d'œuvre pour tirer parti de nouveaux emplois verts et sortir des industries polluantes en déclin.

Parmi les résultats les plus saisissants de cette étude, nous trouvons la Suisse. En effet, la compétitivité de la Suisse dans le commerce mondial des produits verts est en baisse depuis 25 ans. Cette évolution s’explique par le positionnement stratégique de la Suisse en tant qu'économie de services verts de premier plan plutôt qu'en tant qu'économie manufacturière verte.

En effet, la Suisse est désormais l'un des principaux rassembleurs mondiaux de capitaux pour l'économie verte. Les actifs gérés de manière soutenable représentent plus de 20% de tous les fonds gérés en Suisse et ceux-ci augmentent de plus de 30% par an.

Energies renouvelables: un potentiel inexploité en Suisse


L'économie suisse présente également un potentiel d'énergies renouvelables inexploité. Une augmentation des investissements dans les énergies renouvelables pourrait fournir à la Suisse une sécurité énergétique accrue et le potentiel d'exporter de l'énergie verte vers le marché européen.

De fait, alors que les prix du gaz font des étincelles à travers l’Europe, nous notons que les coûts de l'éolien et du solaire ont baissé respectivement de 60% et 80% au cours des dix dernières années. La transition vers des énergies renouvelables n’est donc pas seulement verte mais déflationniste.

Les leaders de l’exportation de produits verts


L’Allemagne et le Royaume-Uni ont tous deux un statut de leader mondiaux dans l’exportation de produits verts. Couplés à une part verte supérieure à la moyenne en termes de dépenses de relance COVID-19, leurs prospects sont attractifs. L'Italie, l'Espagne et la Turquie présentent également des profils attractifs dans le domaine des technologies éoliennes et solaires — un constat intéressant dans la mesure où ces pays pourraient venir faire de l’ombre à l'Allemagne.

La Chine, quant à elle, a la part belle des exportations mondiales en matière de produits verts et jouit d’un marché domestique colossal. Le statut de la Chine comme superpuissance des énergies renouvelables peut sembler paradoxal compte tenu de sa réticence à se sevrer du charbon. Les résultats de l’étude invitent donc à suivre son évolution de près. 

Enfin, les tensions commerciales, couplées à des ambitions politiques encore trop faibles, présentent des risques pour le futur des États-Unis, l'Australie et le Brésil sur l’échiquier mondial de la transition verte. Pour ces derniers, nous notons une tendance probable vers le raccourcissement des chaînes d'approvisionnement et des relations commerciales qui pourraient se «déglobaliser» en vue d’assurer une autosuffisance, en matière énergétique surtout.

Malgré des résultats imparfaits à l’issue de la COP26, il ne fait pas de doute que la transition verte bat son plein et altère l’ordre économique et financier.

*Michael Urban, Responsable Adjoint de la Recherche en Investissements Soutenables, Lombard Odier


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Michael Urban

Lombard Odier Responsable adjoint de la recherche en investissements soutenables

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