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Perturbations dans l’aviation, mieux comprendre comment le système fonctionne

Un grand nombre de sociétés sont responsables des trajets, pas seulement les compagnies aériennes. Par Marie Owens Thomsen

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Parmi les acteurs concernés, les sociétés chargées de la gestion des bagages.

La réouverture du trafic aérien depuis l’arrêt imposé par les gouvernements face au Covid fut souvent compliquée. Avant de succomber à la tentation de s’enrager contre les compagnies aériennes, il convient de mieux comprendre comment le système du transport aérien fonctionne.

Une personne qui achète un billet d’avion peut penser que la compagnie aérienne choisie est seule responsable pour l’expérience d’un vol d'un aéroport à l’autre. De la même manière, le passager peut penser que l’argent versé pour le billet revient dans sa totalité à la compagnie aérienne.

En réalité, le trajet est assuré par un nombre de sociétés publiques et privées qui comprend les aéroports, la manutention au sol qui gère entre autres les bagages, le contrôle de sûreté, la restauration dans l’avion, le contrôle du trafic aérien, etc., tous nécessaires pour réaliser le voyage en question. En outre, la réservation elle-même requiert souvent un agent de voyage qui dépend des services fournis par des plateformes de réservation qui sont des intermédiaires entre les compagnies aériennes et les agences de voyages. S’ajoutent également à la chaîne de production les services de paiement tels que les banques et émetteurs de cartes de crédit.

Le prix du kérosène a augmenté de 40% en 2022, soit quatre fois plus que l’augmentation du prix du pétrole brut
Marie Owens Thomsen

Le prix du billet comprend la rémunération de toutes ces sociétés, et de chaque compagnie aérienne qui peut être inclue dans le trajet en cas d’escales lors du voyage. Les taxes sont également incluses dans les billets d’avion et sont en fait collectées par les compagnies aériennes et versés aux instances publiques. Un système de règlement des paiements existe avec pour but d'assurer que chaque intervenant dans cette chaîne de production reçoit ce qui lui revient, au prix coûtant. Ce système comprend quelque 180 pays et 370 compagnies aériennes, et permet donc de regrouper tous ces fournisseurs dans un seul billet, rendant le système extrêmement pratique pour le passager tout en dissimulant la complexité existant dans la réalisation du voyage.

Une fois que tous les fonds ont été redistribués et les coûts payés, le profit en 2023 estimé par Iata pour les compagnies aériennes ne s’élève qu’à 90 centimes par passager en moyenne, bien inférieur aux profits des autres intervenants. Si cela peut surprendre dans un contexte où le prix de billets d’avion a pu augmenter, il convient de rappeler que le prix du kérosène a augmenté de 40% en 2022, soit quatre fois plus que l’augmentation du prix du pétrole brut.

La solution d’imposer les coûts liés aux perturbations aux compagnies aériennes est attractive dans sa simplicité et dans la satisfaction émotionnelle qu'elle procure. Toutefois, elle peut rendre tout le système plus fragile vu les marges faibles avec lesquelles les compagnies aériennes opèrent. En outre, l’aléa moral est important dans la mesure où le régulateur peut interrompre ou limiter l’activité dans le secteur à volonté. Encore, en 2019, la dernière année «normale» dans l’aviation, le Bureau des statistiques du transport américain a analysé que seuls 25% des retards constatés pouvaient être attribués aux compagnies aériennes.

Les systèmes de gestion des perturbations doivent renforcer la communication entre les parties prenantes et les voyageurs, promouvoir une collaboration accrue entre les parties prenantes, ainsi que tirer parti de la force des modes complémentaires, ce qui conduirait à une fiabilité, une robustesse et une récupération accrues du système.

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Marie Owens Thomsen

Iata Economiste en chef