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Pas de solution unique à la décarbonation des transports

Combattre le changement climatique revient souvent davantage à mener des actions complémentaires plutôt que d'opérer des choix binaires. Par Marie Owens Thomsen

Keystone
«Chaque kilomètre de chemin de fer supplémentaire provoque une perte de 30.000 hectares de biodiversité à un coût de 1 milliard d'euros de plus par an.»

Le monde s’est fixé un défi historique pour combattre le changement climatique, nécessitant une transformation de l’ensemble de nos modes de fonctionnement: la manière dont nous fabriquons des biens, ce que nous mangeons, la manière dont nous nous déplaçons, et plus encore. Le défi est tel que toute contribution, faible ou importante, sera indispensable pour réussir. Le corollaire est qu’il n’existe pas de solution unique à ces questions qui sont souvent très complexes.

Dans l’ensemble, les transports représentent environ 20% des émissions globales de CO2. De ces 20%, les transports routiers représentent presque 74%, tandis que les transports aériens et maritimes occasionnent près de 12% chacun, et le transport ferroviaire un demi-pourcent.

Vu sous cet angle, il semble évident de devoir favoriser le transport ferroviaire. Mais, en poussant l’analyse un peu plus loin, on comprend que les distances parcourues sont problématiques. Le transport ferroviaire est une alternative au transport aérien sur des distances limitées, souvent jusqu’à 500 km environ. Les vols sur cette distance génèrent 4% de la totalité des émissions de l’aviation, soit 0,08% des émissions globales.

En outre, il faut élargir l’analyse pour intégrer également les infrastructures. L’Agence européenne pour l’environnement calcule que la perte d’habitat naturelle occasionnée par le développement des voies ferrées à haute vitesse serait dix fois supérieure à celle des aéroports sur une base annuelle, et son coût serait cinq fois supérieur. Chaque kilomètre de chemin de fer supplémentaire provoque une perte de 30.000 hectares de biodiversité à un coût de 1 milliard d'euros de plus par an.

L’UE pourrait aider davantage en adoptant l’initiative du Ciel Unique Européen
Marie Owens Thomsen

La pollution sonore se relativise tout autant. Dans l’Union européenne, 100 millions de personnes sont exposées à un bruit de 55 décibels quotidiennement à cause du trafic routier, 20 millions concernant les chemins de fer, et 4 millions en ce qui concerne les bruits d’avions. Un aspect additionnel est la fixité des infrastructures sur terre qui ne peuvent être redessinées que très marginalement, tandis que les routes aériennes s’adaptent plus facilement aux changements de demande.

Minimiser, voir supprimer, les émissions de CO2 venant du secteur des transports devrait davantage s’analyser d’un point de vue de complémentarité des modes de transport que sous l’angle de substitution, car une solution unique n’existe pas. Les gouvernements devraient permettre aux compagnies aériennes et aux opérateurs ferroviaires de collaborer pour établir des partenariats solides qui encouragent l'innovation et résolvent les lacunes des infrastructures. Concevoir le trajet porte-à-porte, au lieu de point-à-point, impliquerait de résoudre des problèmes spécifiques tels que la gestion des bagages et le partage des données de réservation.

L’Europe pourrait aider davantage en adoptant l’initiative du Ciel Unique Européen qui vise à accroître l'efficacité de la gestion du trafic aérien et des services de navigation aérienne en réduisant la fragmentation de l'espace aérien européen - cette initiative pourrait réduire les émissions du secteur de 6 à 10%. Les gouvernements pourraient aussi favoriser l’adoption de carburants d’aviation durables. La technologie existe, mais il faut des incitations à la production pour augmenter la production et réduire les coûts, comme on a pu le voir pour les énergies éolienne et solaire.

Ainsi, les solutions face au changement climatique résident souvent davantage dans le comment, et dans des actions complémentaires, que dans des choix binaires.

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Marie Owens Thomsen

Iata Economiste en chef