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Ne pas tourner le dos à nos partenaires européens

La votation sur Frontex dépasse la seule question de Schengen et représente un enjeu majeur pour l’avenir des relations entre la Suisse et l’UE. Par Catherine Lance Pasquier

Keystone
«Celui qui se déroule actuellement aux portes de l’UE nous rappelle à quel point la paix et la sécurité dont nous bénéficions depuis des décennies grâce à la construction européenne sont un bien précieux.»

La Journée de l’Europe a lieu chaque année le 9 mai pour célébrer la déclaration en 1950 de Robert Schuman, considérée comme l’acte de naissance de l’Union européenne. En Suisse aussi, le mois de mai marque désormais des événements importants dans l’histoire de la politique européenne du pays.

Après avoir voté en mai 2019 sur un développement de l’acquis de Schengen, la population est appelée à se prononcer le 15 mai 2022 une nouvelle fois sur le maintien de la Suisse dans l’espace de sécurité, de liberté et de justice de Schengen-Dublin. Les bénéfices de l’association de la Suisse à Schengen sont évidents pour les autorités policières et judiciaires qui ne peuvent lutter seules contre la criminalité internationale. Les milieux économiques s’engagent aussi fortement dans la campagne. Schengen, c’est en effet moins d’embouteillages et de tracasseries aux frontières, la liberté de circuler en Europe et un visa unique pour les voyageurs des Etats tiers qui se rendent ainsi plus facilement dans nos destinations touristiques.


Il est impératif de donner un signal clair à Bruxelles de la volonté de la Suisse de maintenir et de développer des relations étroites avec son principal partenaire politique et économique
Catherine Lance Pasquier

Mais cette votation dépasse la seule question de Schengen et représente un enjeu majeur pour l’avenir des relations entre la Suisse et l’UE. Un refus de la Suisse de contribuer comme les autres Etats à l’amélioration de Frontex, l’agence européenne de garde-frontières, fragiliserait fortement l’édifice des accords bilatéraux patiemment construit et serait pris comme un nouvel affront par nos partenaires européens.

Rappelons en effet que le 26 mai 2021, le Conseil fédéral a décidé de ne pas signer l’accord institutionnel avec l’UE. Les conséquences sont connues. L’exclusion du programme cadre de recherche Horizon Europe, le plus grand programme d’encouragement de l’innovation au monde, pénalise lourdement la place scientifique suisse. L’absence d’un accord bilatéral sur l’électricité impacte la sécurité d’approvisionnement de la Suisse, notre pays étant exclu des développements européens visant la création d’un marché intérieur de l’électricité.

Un an après, il est impératif de donner un signal clair à Bruxelles de la volonté de la Suisse de maintenir et de développer des relations étroites avec son principal partenaire politique et économique.

En proposant, seulement cinq ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la création d'une organisation chargée de mettre en commun les productions de charbon et d'acier, Robert Schuman voulait avant tout éviter un nouveau conflit. Celui qui se déroule actuellement aux portes de l’UE nous rappelle à quel point la paix et la sécurité dont nous bénéficions depuis des décennies grâce à la construction européenne sont un bien précieux.

Le destin de la Suisse est ainsi intimement lié à celui de ses partenaires européens. Leur tourner le dos maintenant n’est pas une option.

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Catherine Lance Pasquier

FER Genève Directrice adjointe de politique générale