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Ne pas sacraliser le marché

Par Jacques Neirynck

Jamais le marché ne pourra remplacer le sacré authentique, même s’il essaie de se sacraliser lui-aussi. En effet, par définition : «Le sacré fait signe vers ce qui est mis en dehors des choses ordinaires, banales, communes; il s'oppose essentiellement au profane, mais aussi à l'utilitaire.»

Or, le marché est centré sur l’utilitaire, il est le contraire du sacré, il n’offre aujourd’hui plus de sens au citoyen réduit au double rôle de producteur et de consommateur.

Le sacré n’est pas toujours identique au religieux. Il s’instrumentalise en politique et maintenant en économie. Le marxisme considérait la dictature du prolétariat comme la finalité de l’Histoire. Le nazisme organisait le culte de la nation allemande dans des mises en scène à caractère liturgique.

Durant des siècles, la dérive politique du sacré chrétien assura une persistance du paganisme romain, où la religion impériale n’avait rien à voir avec la spiritualité, mais avec l’ordre public et les privilèges des puissants dont elle était la caution sacrée.

Nous sommes englués dans un sacré économique de pacotille.

Par ailleurs le désenchantement du sacré en cosmologie fut aussi l’œuvre du christianisme. La Nature n’est plus le jouet de divinités fantasques, On ne lui commande qu’en obéissant à ses lois et non en suppliant qu’elles soient violées par un Créateur omnipotent. Dès lors la fonction du christianisme n’est pas davantage de fournir de fausses explications à la Nature que de garantir le trône des puissants. La disparition du sacré en politique créa un vide qui ne pouvait demeurer. L’adhésion réfléchie et enthousiaste à la science en elle-même était trop abstraite et le seul attrait de ses retombées économiques l’emporte.

Dès lors le sacré de l’Occident est devenu l’idolâtrie du marché. Sa «main invisible» assure prétendument à la fois le progrès des techniques, la répartition optimale des ressources et la promotion des meilleurs.

Le marché contemporain a développé un outil de propagande extraordinaire: la publicité commence par faire croire que l’on a envie de ce dont on n’avait jamais eu besoin, puis que l’on a impérativement besoin de ce dont on a maintenant envie. Il est devenu impossible d’imaginer un monde sans publicité, car celle-ci fiance une foule d’activités culturelles, sportives, politiques. Nous sommes englués dans un sacré économique de pacotille comme le sont encore aujourd’hui encore les islamistes ou les identitaires chrétiens, résidus du passé.

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Jacques Neirynck

Ancien Conseiller national

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