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Maintenant régulons l'IA!

Par Xavier Comtesse, Giorgio Pauletto et Anaïs Avila

En 1905, J.M. Perrigot (président de l’Automobile Club Vosgien) édicta le premier code routier. En effet, devant le nombre de plus en plus important de voitures en circulation et l’augmentation croissante des accidents, il a fallu mettre en place un code.

Cette année-là donc, dix articles furent édictés pour donner un cadre à la bonne conduite automobile: conduire à droite, laisser assez de place sur la chaussée pour autoriser le doublement, priorité de droite au croissement, ralentir dans la traversée des agglomérations, appels de trompe (klaxon) en cas de danger, lors d’accident, porter secours aux blessés et en cas de panne d’essence aider l’automobiliste, etc. Aujourd’hui, ces 5 petites pages paraissent dérisoires au regard d’un code de plus de cent pages. Mais c’est comme cela que l’écriture des Lois commence toujours: quelques articles donnent naissance ensuite à un formidable appareil juridique.

Ce n’est pas la seule fois dans l’histoire qu’un tel phénomène apparaît. À la première révolution industrielle est proposé un code bien plus important: celui des «sociétés anonymes» qui a donné naissance à l’attribution d’une personnalité juridique aux entreprises. Avant, seul l’homme jouissait d’un tel privilège. Ce fut une décision essentielle à l’évolution fulgurante de l’industrie moderne. Les risques étant limité légalement, de très grands chantiers seront alors lancés comme celui des chemins de fer. Des faillites retentissantes auront lieu mais les infrastructures resteront pour le transport des biens et des gens.

Les risques augmentent: il faut légiférer.

Nous sommes à l’aube d’un tel moment historique avec l’émergence de si nombreux projets d’intelligence artificielle (IA). Les risques augmentent: il faut légiférer.

Proposons donc dix principes directeurs* pour une large discussion politique:

1. un registre pour les algorithmes (comme au Danemark)

2. un renforcement de la protection des données privées (EU)

3. interdiction de la reconnaissance faciale (sur l’espace public comme à San Francisco)

4. interdiction des robots tueurs (discussion à l’ONU)

5. interdiction des chats «complotistes» et autres «fake news»

6. favoriser la traçabilité des actions de l’IA

7. combattre les biais statistiques

8. assurance IA obligatoire pour les risques de préjudices causés aux êtres humains

9. statut juridique de l’IA

10. droit de propriété intellectuelle accordé à l’IA pour ses inventions

*Extrait du livre: CODE_IA, (éditions Georg, 2021, Genève

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Xavier Comtesse / Giorgio Pauletto / Anaïs Avila