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L'océan, un nouvel espace de liberté politique

Comment rendre le monde plus libre? La réponse dans le dernier ouvrage édité par Liber-thé. Par Nicolas Jutzet.

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«Nous avons besoin d’une nouvelle zone pionnière - une toile blanche sur laquelle ces entrepreneurs peuvent concevoir leurs projets. A long terme, l’espace pourrait constituer une telle zone. A plus court terme, nous avons l’océan.»

Note: Depuis deux siècles, l’Etat-nation constitue le cadre à l’intérieur duquel on pense les relations entre les individus. Il bénéficie aujourd’hui d’un quasi-monopole de l’organisation sociale. Tout changement, toute réforme, toute évolution, semble devoir s’inscrire au sein de ce carcan institutionnel inamovible. Mais existe-t-il des alternatives? Est-il possible de sortir du cadre et de faire concurrence voire même sécession de l’Etat-nation?

Le livre «Passeport pour la liberté»*, qui paraît ce mercredi, est l’aboutissement d’une exploration menée ces derniers mois, en s’intéressant non seulement aux exemples d’alternatives aux États modernes en se rendant sur le terrain, mais également en se plongeant dans les fondements philosophiques qui justifient de telles alternatives. Si les motivations des individus à l’origine des aventures racontées dans ce livre peuvent être diverses, tous les protagonistes partagent une même volonté: expérimenter des nouvelles formes d’organisation sociale et ne pas se contenter du statu quo. Parmi les nombreuses idées permettant de rendre le monde plus libre, nous vous en présentons une: le «seasteading», ou la création de villes flottantes sur l’océan.

A première vue, il peut sembler surprenant d’affirmer que «coloniser» l’océan est un moyen d’améliorer les politiques publiques. Pourtant, cette stratégie est plus susceptible de transformer de manière significative les résultats des politiques publiques que le militantisme politique traditionnel. Comme nous le constatons depuis des années, les systèmes existants sont résistants aux réformes substantielles.

La pression réformatrice viendra donc vraisemblablement de l’extérieur. En conséquence, il faut faciliter l’entrée de nouveaux acteurs dans le «marché» institutionnel. Certains de ces pionniers trouveront de nouvelles formes d’organisation sociale. Ce qui augmentera l’innovation et, à terme, l’efficacité des politiques publiques.

Des communautés autonomes

Pour que cela se produise, nous avons besoin d’une nouvelle zone pionnière – une toile blanche sur laquelle ces entrepreneurs peuvent concevoir leurs projets et les tester dans la réalité en voyant s’ils peuvent convaincre des citoyens de se joindre à eux. A long terme, l’espace pourrait constituer une telle zone, mais à l’heure actuelle, son coût d’accès est prohibitif. A plus court terme, nous avons l’océan.

Le seasteading est l’établissement de communautés autonomes permanentes sur l’océan - le «homesteading» de la haute mer. Cela pourrait se faire sur des navires modifiés ou, à plus long terme, sur des constructions innovantes ressemblant à des plateformes pétrolières. Elles seraient des lieux où des entrepreneurs à la recherche de profits ou des groupes souhaitant un changement social pourraient établir des communautés permanentes avec le droit de fixer leurs propres règles.

Un coût du terrain comparable à celui des grandes villes

Le plus grand avantage de l’océan est la réduction des barrières à l’entrée sur le marché de la gouvernance. Etant donné que les Etats existants revendiquent la souveraineté sur chaque parcelle de terre et sont réticents à les vendre, les barrières à l’entrée sont extrêmement élevées. En vertu du droit international, même un petit rocher donne des droits aux États sur les ressources, dans un cercle de 200 milles nautiques.

Les Etats défendent vigoureusement leur propriété. Si le coût de la création de biens immobiliers marins n’est pas négligeable, il est modéré par rapport aux normes immobilières en vigueur dans les pays industrialisés. Le coût du terrain dans les premières seasteads sera comparable à celui de grandes villes, et diminuera rapidement à mesure que le projet grandira et que la technologie se développera.

Dans la mesure où il ouvre un nouveau terrain d’expérimentation, le seasteading fait de l’océan un substitut à la terre. Des terres non revendiquées seraient préférables, mais il n’y en a pas de disponibles.

Voter avec sa maison

L’océan présente toutefois un autre avantage politique sur la terre. Les propriétés physiques de l’eau font qu’il est peu coûteux de déplacer de gros objets. Pour le seasteading, cela signifierait que les bâtiments ne sont pas liés à une parcelle particulière de la surface de l’océan, mais peuvent se déplacer. Cette géographie dynamique présente différents avantages politiques.

Cette fluidité réduit les coûts du changement de type de gouvernement. Si une famille possède sa propre structure flottante et qu’elle n’est pas satisfaite du gouvernement auquel elle appartient, elle peut simplement naviguer vers une autre juridiction: grâce à la géographie dynamique de l’océan, les gens peuvent «voter avec leur maison». Cela réduit le coût du changement et rend donc le marché de la gouvernance plus compétitif. Puisque les gouvernements devront répondre aux besoins des citoyens qui peuvent facilement se déplacer, même s’ils sont minoritaires, cela augmentera la qualité de la gouvernance.

Un impact aussi sur ceux restés sur la terre ferme

Bien que tout le monde ne veuille pas vivre sur l’océan, la possibilité facilitée de quitter son Etat exercera une pression concurrentielle sur les nations traditionnelles et produira donc des avantages pour les habitants de la terre ferme. Comme les entreprises qui proposeront ces nouvelles formes de gouvernance seront surtout sensibles aux clients avec des demandes spécifiques dans un premier temps, une majorité de citoyens pourraient rester sur terre tout en profitant des avantages de la concurrence.

En outre, les expériences à petite échelle rendues possibles par le seasteading produiront des retombées en termes de connaissances susceptibles de faire évoluer les constitutions et les politiques sur la terre ferme.

*«Passeport pour la liberté, partez à la découverte des alternatives aux Etats modernes», CHF 19.-, 268 pages. Sous la direction de Nicolas Jutzet. Disponible sur www.liber-the.com.

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Nicolas Jutzet

Liber-thé Co-fondateur