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L’éthique protectrice des PME familiales

Le Seco (voire le Conseil fédéral) devra examiner les projets d’investissements étrangers. Par Philippe D. Monnier

Keystone

Suite à un vote parlementaire au sujet de la motion Rieder, le Conseil fédéral a été forcé de fixer cet été les grandes lignes d’un contrôle des investissements étrangers (en filigrane: mal intentionnés et en provenance de pays lointains, notamment de Chine). Ce projet devrait être mis en consultation le printemps prochain.

Sur ce sujet, rappelons qu’une multitude d’entreprises helvètes ne peuvent de toute façon pas être acquises pour des raisons légales (propriété étatique, fondation, coopérative, etc.) Mais il est aussi vrai qu’avec la législation en vigueur, une myriade de sociétés suisses pourraient théoriquement être la cible d’acheteurs étrangers (ou locaux) indélicats. Cela est particulièrement le cas des PME familiales souvent confrontées à des problèmes de succession voire de trésorerie. Dans la pratique, je suis convaincu que ce scénario restera exceptionnel.

Prenons l’exemple caricatural d’un entrepreneur vaudois qui a dédié sa vie à développer une entreprise technologique, peut-être héritée de sa famille. Si cet entrepreneur ne trouve pas de successeurs naturels, il devra partir à la recherche de repreneurs potentiels. Admettons qu’il finisse par recevoir deux offres sérieuses.

La première offre (50 millions de francs) provient d’un repreneur qui partage sa philosophie de la vie et sa passion pour les produits technologiques et qui, très probablement, prendra grand soin de l’entreprise en vente. Pour des raisons culturelles, il y a des fortes chances que ce repreneur soit assez local, peut-être même vaudois.

Pérenniser l’œuvre d’une vie est sans doute ce qu’il y a de plus gratifiant.

La deuxième offre (80 millions de francs) est issue d’un nouveau riche (par exemple mais pas forcément d’un pays lointain) qui a fait fortune parce que son frère occupe un poste de ministre. Ou peut-être que cette deuxième offre provient d’un investisseur privé (ou d’une société étatique) tout simplement mal intentionné. Naturellement, la vanité et le manque d’éthique de ces investisseurs pourraient faire fuir les meilleurs clients, employés ou fournisseurs de l’entreprise cible. 

Après avoir été personnellement impliqué dans une cinquantaine de rachats, principalement des PME familiales, je suis complètement convaincu que l’écrasante majorité des entrepreneurs opteront sans hésiter pour la première offre. En effet, pérenniser l’œuvre d’une vie est sans doute ce qu’il y a de plus gratifiant. De plus, il n’est pas possible d’emporter sa fortune dans la tombe. 

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Philippe D. Monnier

Entrepreneur et administrateur