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Les retombées paradoxales de la recherche

Pour une lecture de l'augmentation des primes d'assurance maladie. Par Jacques Neirynck

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Face à la hausse des primes maladie, «ne devrait-on pas poser la question d’un ralentissement de la recherche médicale?»

Les Facultés de médecine et les firmes pharmaceutiques développent une recherche médicale qui est considérée comme totalement positive. Il n’en est pas de même pour d’autres disciplines: l’armement, les pesticides, le génie génétique. La recherche médicale a permis de développer en un temps record les vaccins contre le Covid. Elle parviendra peut-être un jour à vaincre l’Alzheimer.

Ivan Illich a constitué une exception à ce concert d’éloge. Il critiqua tout particulièrement la diminution de la santé des hommes sous l’effet du développement sans fin de l’institution médicale, en soulignant l’inefficacité globale d’une médecine coûteuse, la perte de la capacité personnelle des individus de s’adapter. Cette thèse subsista dans une frange restreinte de l’opinion publique.

Elle surgit à nouveau dans le débat sur l’augmentation des primes maladies: ne devrait-on pas poser la question d’un ralentissement de la recherche médicale? La question est ouvertement posée même si elle défie le politiquement correct. Elle a cependant le mérite d’être pertinente et d’attirer l’attention sur une cause jamais évoquée de cette dérive. Le débat préfère chercher des boucs émissaires, les médecins, les pharmas, les compagnies d’assurance, voire le conseiller fédéral en charge du dossier, qui n’en peut rien mais qui a avoué être à court d’idées.

La santé coûte vraiment de plus en plus cher parce que la population vieillit et cela provient de ce qu’elle reçoit des soins de plus en plus compliqués et coûteux
Jacques Neirynck

Cette démagogie n’attaque jamais le véritable problème, parce que son simple énoncé est insupportable: la santé coûte vraiment de plus en plus cher parce que la population vieillit et cela provient de ce qu’elle reçoit des soins de plus en plus compliqués et coûteux.

La recherche médicale constitue une source de dépenses intolérables qui s’engendrent l’une l’autre: le coût de la recherche qui augmente celui de certaines chimiothérapies au-delà du supportable; l’allongement résultant de la vie qui pèse sur le système de pensions; les charges propres à une population de plus en plus âgée.

Il apparaît impossible de rationner en soins la population qui éprouve le besoin irrésistible de ne pas souffrir et de vivre le plus longtemps possible
Jacques Neyrinck

Dans la même inspiration, on a essayé jadis de limiter le coût de la médecine en bornant le nombre de médecins et celui des cabinets médicaux. Cela n’a pas marché car nos propres étudiants, écartés par le numerus clausus des Facultés, furent remplacés - et au-delà - par des praticiens étrangers qui représentent aujourd’hui le quart des médecins en activité. Il apparaît impossible de rationner en soins la population qui éprouve le besoin irrésistible de ne pas souffrir et de vivre le plus longtemps possible.

Au cœur de notre société se trouve le mythe de l’égalité. Si on freinait la recherche médicale en Suisse, elle se poursuivrait à l’étranger. Elle ouvrirait alors la porte à une médecine à deux vitesses puisque les plus fortunés et les mieux informés y auraient accès.

Comme la recherche en général, en sciences naturelles et en techniques, progresse partout, la recherche médicale en bénéficie. A un certain niveau de connaissances en physique, la construction d’un appareil à IRM devient possible donc inévitable. Il faudrait donc freiner toute la recherche. Cela aurait aussi un effet paradoxalement bénéfique puisque la croissance économique s’arrêterait avec ses retombées dans la pollution et le réchauffement climatique.

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Jacques Neirynck

Ancien conseiller national

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