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Les géants du Net contre les médias

Après le refus de l'aide aux médias, une question subsiste: ces médias ont-ils la moindre chance de résister aux géants du Net? Par Xavier Comtesse

Keystone
«Facebook avec ces 3 milliards d’usagers est incontournable.»

Durant les dernières votations fédérales du 13 février, on a évoqué longuement la question du financement des médias en Suisse. La population a tranché: pas de rallonge! Mais une question subsiste: les médias suisses ont-ils la moindre chance de résister aux géants du Net?

Du point de vue des parts de marché de la publicité, c’est maintenant chose faite. En Suisse (chiffres 2021), Internet est le premier support (30%) devant la TV (29%) et les médias imprimés 25%), etc.

Du point de vue de l’audience: idem. Internet a pris le dessus sur tous les autres supports. Papier, radio, TV n’ont plus les moyens de rivaliser. Avec les téléphones mobiles et la 5G, leur sort est réglé: ils leurs restent des miettes d’audience.

Pourtant, un domaine peut être sauvé: celui du contenu!

D’une manière ou d’une autre, on voit bien que la recherche de la vérité de l’information cède le pas sur la prolifération
Xavier Comtesse

Pour l’instant tout le monde y croit dans le milieu des médias. Et on répète à qui veut bien l’entendre que le journalisme de «qualité» a un avenir. Là encore on pourrait en douter. En effet, plusieurs phénomènes et avancées technologiques montrent le contraire.

D’abord, le citoyen/lecteur est devenu bloggeur, facebookeur, twitteur, youtubeur, tik tokeur, instagrameur, etc. Il s’exprime, il commente, il like, il forward, il participe à une sorte de discussion planétaire qui informe aussi. Certes cela prend des formes souvent confuses, parfois complotistes mais toujours réactives. Avec cette arrivée massive des internautes-journalistes sont nés deux phénomènes: les fake-news et les fact-checking. Tout le monde s’y met, tout le monde est expert. Une réalité: la puissance de ces plateformes rende les choses compliquées. Ainsi Facebook avec ces 3 milliards d’usagers est incontournable. Il faudra à l’avenir trouver de nouveaux équilibres et de nouveaux arbitrages.

Ensuite, la langue n’est plus un obstacle. On peut tout lire, tout comprendre. Désormais toutes les langues sont accessibles grâce à la traduction automatique et simultanée. La qualité des traductions est aujourd’hui au rendez-vous. L’anglais, l’allemand, le russe, le chinois deviennent des langues familières.

Enfin, l’intelligence artificielle. La production de texte par les générateurs vient de passer un cap important: il se nomme GPT3. Ce logiciel créé par OpenAi (San Francisco) a été utilisé par The Guardian, le New York Times, Libération, etc. pour produire des articles. Époustouflant. Impossible de dire si c’est un humain ou une machine qui écrit. Ainsi le doute va s’immiscer dans chaque article lu. Une nouvelle ère de lecture se profile.

D’une manière ou d’une autre, on voit bien que la recherche de la vérité de l’information cède le pas sur la prolifération. Comme si la quantité produite remplacerait l’authenticité de celle-ci. L’IA peut produire à l’infini… écartant même les internautes les plus productifs. Voilà le problème posé. Qui a une réponse?

Ce d’autant plus que l’on n’a quasiment encore rien vu… toutes les langues vont débarquer, notamment le mandarin avec les puissantes plateformes chinoises nommées Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi.

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Xavier Comtesse

Mathématicien et membre du Think Tank CODE_IA