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Les bienfaits de l’absence de l’Etat

SWITZERLAND INC. Contrairement à la France, la Suisse n’a pratiquement pas de politique industrielle. Tant mieux! D’ailleurs, l’Etat helvétique pourrait même encore réduire sa présence. Par Philippe Monnier

Keystone
La Suisse a une multitude de clusters (banque privée, négoce international, secteur pharmaceutique, horlogerie, etc.) mais ces pôles industriels n’ont pas été décrétés par l’Etat.

Trente milliards d’euros! C’est la somme colossale destinée à un nouveau plan d’investissement récemment annoncé par le président Macron. Cette initiative devrait relancer l’économie de l’Hexagone, principalement grâce à «l’innovation de rupture» dans dix secteurs prioritaires. Il est vrai que la France fait partie des nations qui cherchent à diriger son économie et ce plan n’est de loin pas le premier. Nos amis français ont sans doute connu quelques succès (énergie nucléaire, TGV, etc.) mais ils ont aussi essuyé plusieurs échecs (télévision du futur avec la technologie Secam, Concorde, etc.). En tout cas, en France, mieux vaut être issu de l’ENA (Ecole nationale d’administration) ou de l’X (Ecole polytechnique) pour pouvoir tutoyer les hauts fonctionnaires et accroître ses chances de bénéficier de ces flux financiers.

Franchement, je préfère de loin le système suisse caractérisé par une quasi-absence de politique industrielle. Et par un gouvernement qui n’hésite pas à reconnaître les compétences supérieures des entreprises quant à l’identification des marchés du futur. Dans ce contexte, nos autorités concentrent leurs efforts sur la qualité des conditions-cadres, notamment l’excellence de la formation (duale), l’attractivité de la fiscalité et la flexibilité du droit du travail.

En France, les «crédits d’impôt recherche» allouent des montants astronomiques à des domaines décrétés prioritaires. En Suisse, les projets soutenus par Innosuisse (l’Agence étatique pour l’encouragement de l’innovation) sont beaucoup plus modestes; en outre, ces projets sont pilotés – et partiellement financés – par des entreprises.

La Suisse a une multitude de clusters (banque privée, négoce international, secteur pharmaceutique, horlogerie, etc.) mais ces pôles industriels n’ont pas été décrétés par l’Etat: ils se sont créés naturellement grâce aux bonnes conditions-cadres et à l’importation massive de compétences étrangères.

En fait, je préférerais même que l’Etat suisse soit encore moins présent. Etant en permanence entouré d’entrepreneurs hyperactifs, je constate que leurs nouvelles idées d’affaires sont souvent entravées par l’Etat. Prenons l’exemple de Startupsticker.ch: bien que ce site web d’information sur le monde des start-up soit excellent, un peu de concurrence ne lui ferait pas de mal. Là où le bât blesse, c’est que Startupsticker.ch est financé par… Innosuisse.

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Philippe D. Monnier

Entrepreneur et administrateur